CHAPITRE III – POURQUOI LE SYSTEME DE
SANTE CONGOLAIS EST-IL INCAPABLE DE CONTROLER L’ENDEMIE
PIANIQUE ?
Introduction :
En 1992, les indicateurs de
santé du Congo étaient de même ordre de grandeur que ceux de la France au début
de la conquête de l’Afrique : même taux de natalité (40/1000), de mortalité générale (22/1000 dans les
campagnes françaises pour 16.7/1000 au Congo), de mortalité infantile (183/1000
contre 109), de mortalité des moins de 5 ans (137/1000 contre 175 au Congo). Les
indices de fécondité du Congo étaient supérieurs (5,3) à la France de la IIIème
République (3.5), mais ceci était dû à une particularité française; dans le
reste de l’Europe, les taux de fécondité étaient alors plus élevés (Angleterre
5, Allemagne 3.5).
Les principales cause de
décès aujourd’hui au Congo sont les maladies infectieuses et la pathologie
maternelle et périnatale comme en France à la fin du XIXème
siècle.
Ainsi, 60 ans de colonisation
et 35 ans d’indépendance ont tout juste réussi à élever la santé des populations
congolaises et africaines au niveau atteint par les Européens à la veille de la
révolution pasteurienne (1900).
Tous les efforts pratiqués
entre 1880 et 1910 en France et en Europe pour diminuer la mortalité infantile
(progrès de l’accouchement,
nutrition des nourrissons, diffusion réelle des vaccinations, lutte contre
l’endémie palustre, hygiène pour lutter contre les maladies intestinales des
nourrissons) restent, en grande partie, à mettre en oeuvre au Congo. Les
chiffres de mortalité infantile et maternelle dans ce pays montrent que la PMI
est, dans la pratique, inexistante.
Le rôle médico-social de
l’hôpital communal qui fit de lui à la fois le lieu de soins mais aussi le point
d’appui
des lois d’assistance
(indigent, femme en couche, infirme, incurable) et, dès le début du XXème
siècle, des institutions de la mutualité, des accidents du travail et des
caisses d’assurance sociale est encore très faiblement perçu en Afrique et en
discussion au niveau des experts.
La recherche pour développer
une médecine et une chirurgie de qualité, le développement d’une hygiène
publique (adduction d’eau
potable, assainissement) et la protection sociale (création du secours mutuel)
ne font que balbutier.
Pourquoi ces évolutions
n’ont-elles pas eu lieu au Congo (et en Afrique) durant ce dernier
siècle ?
Nous allons essayer de
montrer que le sytème de santé congolais est dominé par un modèle de médecine
hérité de la colonisation, favorisant les structures hospitalières urbaines au
détriment des mesures préventives, du développement des SSP et de la lutte
contre les endémo-épidémies de la brousse. La santé des Pygmées n’a intéressé
personne.
Section I Un sytème de santé
déséquilibré particulièrement inefficace en matière de santé publique
Section II Les donateurs intervenant
dans la santé (coopération française et
acteurs internationaux) ne s’intéressent pas au
pian
Indicateurs
démographique
La population était estimée,
en 1995, à 2,5 millions d’habitants
Structure de la population :
0-14 ans : 44% ; 15-64 ans : 53% ; 64 ans et plus : 3%. 55% de la population ont ainsi moins de
20 ans.
Taux de croissance annuel :
2,32 % (1995)
Taux brut de natalité :
40/1000 (Afrique : 45)
Taux brut de mortalité :
16,7/1000 (Afrique 15)
Indice synthétique de
fécondité : 5,3 (Afrique: 6,5). 20% des femmes en âge de
procréer.
Espérance de vie à la
naissance: 47 ( 45 pour les hommes, 49 pour les femmes)( Afrique:
49/52)
PNB par habitant : 1120 § en
1992, 765§ en 1995 (Afrique: 340§ ), chute en partie due à la dévaluation du
CFA.
Projection démographique
(dans l’hypothèse d’une baisse rapide de la fécondité)
An 2000 : 3 millions. An 2025
: 5 millions
Taux de croissance annuel :
an 2000 : 2,9 ; an 2025:1,4. ( A noter que le taux n'était déjà plus, en 1995,
que 2,3)
Indice de fécondité : En 2025
: 2,3
Prévalence
contraceptive : % des femmes mariées de 15-49 ans : 11% en 1990. % requis
pour baisse rapide : 30% en 2000, 74% en 2025 ?
Structure de la population :
En 2025 : 30% de 0-14 ans, 3% de plus de 64ans.
Mortalité
Mortalité infantile : 126 en
1970, 114 en 1992, 109 en 1995 (Afrique, 1992: 104)
Mortalité de moins de cinq
ans : 208 en 1975, 175 en 1990 (Afrique : 1990: 175)
Taux de mortalité
adulte(15-65 ans) : 16,5 pour 1000 en 1995
Revenu et
pauvreté
Taux de croissance annuel
moyen du PIB en % : 1970-1980: 5,8% ;
1981-1991: 3,3%
Taux d’inflation annuel moyen
: 1970-1980: 8,4% ; 1980-1991: 0,4 % ?
PNB par habitant : 1120 § en 1992, 765§ en 1995 (Afrique :
340§ )
Pourcentage du revenu :
?
Rapport de dépendance
économique(pourcentage de la population en âge de travailler) : 88/95 pour
1970/1990
Pourcentage de la population
en dessous du seuil de pauvreté absolue): ?
Education
Taux d’alphabétisation des
adultes (pourcentage population15 et +) : 1980: 35 H/24F ; 1990: 57H/44F
(Afrique 50H/38F)
Pourcentage de la population
inscrite dans l’enseignement : ?
Nombre d’élèves par
enseignant dans le primaire : 1970: 62 ; 1990 : 66 (Afrique :
43/41)
Santé et position sociale de
la femme :
Nombre de femmes en âge de
procréer (15-49 ans), en milliers : 506 en 1990
Mortalité maternelle pour 100
000 naissances vivantes : 900 en 1988 (Afrique : 700 en
1988)
Taux de couverture en soin
prénatal (%) : ?
Accouchements assistés par
personnel sanitaire formé (% ) : 45, période 1985-1990 (Afrique :
34)
Femmes enceintes vaccinées
contre le tétanos (%) : 60, période1989-1991(Afrique : 30)
Prévalence de l’anémie chez
les femmes enceintes(% en dessous de la norme) : ?
Taux de scolarisation des
filles pour 100 garçons : 85 dans primaire, 70 dans secondaire en
1990.
Conventions internationales
signées : Droits de l’enfant en 1990 et Droits des femmes en
1982.
Alimentation et
nutrition
Pourcentage des enfants ayant
un déficit statural 24-59 mois : 27%, période 1980-90 (Afrique :
39%)
Un
déficit pondéral (12-23 mois) : 5%, période 1980-90 (Afrique :
10%)
Pourcentage des enfants
uniquement nourris au sein (0 à4 mois) : ?
Enfants ayant un déficit
pondéral à la naissance : 12%, période 1985-90 (Afrique :
14%)
Indice de la production
alimentaire par habitant (1987=100) : 97 en 1991 (Afrique : 94 )
Apport alimentaire : calorie
par habitant et par jour(grammes) : 2295
calories en 1990 (afrique : 2100)
Accès à l’eau, à
l’assainissement et aux services de santé
Accès à l’eau salubre :
période 1985-90 : zone urbaine 42, zone rurale 7 (Afrique : 68/26)
Accès à des installations
d’assainissement : ?
Accès aux soins de santé :
97U, 70 R (Afrique : 71/45)
Vaccinations pour 100 enfants
de moins de un an :
Années: 1981 (source : WHE
8700) et 1992 (WHE 9301) :
BCG: 92 /75 (Afrique : 29/61)
DCT3: 42/65 (Afrique : 22/45)
Polio3: 42/65 (afrique : 19/45)
Rougeole:49/54 (Afrique :
33/45)
Personnel
médico-sanitaire
Médecins: 1985-90 :
500
Personnel paramédical :
1980-88: 30
Personnel infirmier :
1985-90: 2000
Techniciens : 1980-88:
250
Aides: Infirmiers : 1980-88:
3800
Techniciens: 1980-88 : 300
Nombre d’habitants pour un
médecin : (En 1937 : 50 000). En 1970 : 10 000 ; 1985-90: 4000 (Afrique : 19
000/9000)
Nombre d’habitants pour un
personnel infirmier : ( En 1937 : 5000). En 1970 : 1500 ; en 1985-90 : 1000. (
Afrique : 3000/2000)
Nombre docteurs/infirmiers :
( En 1937 : 10). Période: 1985-90: 4.
(Afrique : 5).
Etablissements
sanitaires
Nombre d’établissements
sanitaires :
hôpitaux: centres régionaux :
45
Centres de santé : 92 et
autres : 515
Nombre de lits : hôpital
seulement : 5700, total : 7300. CHU, 879 lits
Nombre d’habitants pour un
lit : hôpital seulement : 350, total 300. ( Afrique :
1100/900)
Dépenses au titre de la santé
en 1990)
Dépenses au titre de la santé
:
En millions de $ : publique
(53, 4), aide (13,7), privé (43,5) ; total: 110,6 millions$ (Afrique : 5, 9
milliards $ ; monde 1700 milliards dont 1530 milliards dans les pays
développés)
Par habitant : 49$ (Afrique : 14$, France 2000$, monde
323$)
Dépenses de santé en
pourcentage du PIB : publique (1,9%), aide (0,5%), privé (1,5%). Total: 3,9% du PIB. ( Afrique : 4,5 ; monde:
8%)
Flux d’aide en pourcentage
des dépenses totales au titre de la santé : 12% (Afrique :
19%)
Répartition de la population
:
Densité moyenne 6 hab /km²
,
Brazzaville : 8400, Pointe
Noire : 6800, Région de la Sangha : 0,6 hab/km²
Exode rural :
Brazzaville : 37% de la population ; 4 villes principales du
pays=52%
B-PROFIL EPIDEMIOLOGIQUE DES GRANDS NOIRS[2]
Les chiffres proviennent
uniquement de sources hospitalières et sont d’une fiabilité douteuse. Le profil
sanitaire, démographique est celui de tous les pays africains : espérance
de vie de moins de cinquante ans, une mortalité infantile (123/1000) dix fois
supérieure à celle des pays industrialisés et une mortalité maternelle(600
à900/1000) plus de 60 fois supérieure. Chez l’enfant, les infections
respiratoires, et en particulier la rougeole sont la première cause de mortalité
et chez les mères l’avortement. Les
principales causes de morbidité générale sont les causes infectieuses,
parasitaires (grandes endémies) et les problèmes nutritionnels. Pour
l’enfant : paludisme, infections respiratoires, maladies diarrhéiques
viennent en tête, et chez la mère, les affections de la sphère
gynéco-obstétricale.
1) Mortalité
:
1-Générale: selon le rapport de la Commission ad hoc, vu l’absence
de système d ' information sanitaire adéquate, on ne dispose pas de données
fiables à l’échelon national : les données rapportées sont de sources
exclusivement hospitalières.
Les principales causes de
mortalité générale sont les maladies parasitaires (en particulier le paludisme),
les diarrhées graves, les affections des voies respiratoires. Le sida fait payer
à la population un lourd tribut.
2-Infanto-juvénile: les infections respiratoires, et en
particulier la rougeole sont la principale cause de
mortalité
Les taux restent élevés
(123/1000 pour l' ensemble du pays avec une disparité zone urbaine/zone rurale
de 104/145. La seule enquête connue a été réalisée dans les hôpitaux de
Brazzaville sur 700 femmes enceintes ( 103/1000 décès entre 0 et 2 ans)
Sur la mortalité néonatale une seule étude
pratiquée à Linzolo en 1984 nous donne un taux de 47/1000
La mortinatalité est estimée
à partir des chiffres des SMI de Brazzaville, à 22/1000.
D' après la Commission, la
mortalité des jeunes enfants n'est pas ou très mal étudiée. Le sexe n’est pas
pris en considération. La mortalité aux jeunes âges ne semble pas
régresser.
Les principales causes de
mortalité ont été étudiées à Brazzaville en 1981 et1984 et à Linzolo en
1984.
Elles ne portent
malheureusement pas sur les mêmes tranches de vie
Brazzaville, 1981, 0 à 2ans,
rougeole (17%), prématurés(17%), diarrhées (10%), infections resp. (
10%)
Linzolo, 1984, 2 à 5 ans,
rougeole (34%), infections resp (27%), malnutritions (14%), diarrhées
(11%)
Brazzaville, 1984, 0 à 5 ans,
rougeole (32%), diarrhées (14%), infections resp (?), paludisme
(?)
L’incidence de la rougeole
aurait diminué depuis 1984, mais non sa létalité.
Les infections respiratoires
constitueraient aujourd' hui la première cause de
mortalité.
La mortalité due au
paludisme, chez les enfants de moins de cinq ans, augmente, suite à la
chimiorésistance à la chloroquine, depuis 1985.
Le SIDA : d'après le Groupe
de recherches sur l’infection à VIH de la mère et de l’enfant au Congo, 5 à 6%
des femmes des trois villes
importantes du pays (Brazzaville, Loubomo, Pointe-Noire) sont contaminées. Le
taux de transmission foeto-maternelle du VIH est de 50%. Parmi ces enfants
séropositifs, 50% décèdent dans la première année. On peut estimer à 25/1000 le
taux de mortalité infantile lié au Sida en milieu urbain.
3-maternelle:
Seules les données
hospitalières sont disponibles : la mortalité serait de 600/100 000. Le rapport
estime toutefois qu’un chiffre de 900/100 000 est plus crédible. Un rapport du
FNUAP indique une surmortalité féminine en zone rurale.
Les principales causes sont les avortements (41%), les
complications infectieuses (32%), les hémorragies (10%), les éclampsies
(8,5%).
2):
Morbidité:
-1: générale : maladies parasitaires, infectieuses et
nutritionnelles dominent le tableau du fait des mauvaises conditions d’hygiène,
de l’approvisionnement en eau inadéquat et de la précarité des conditions
économiques.
...les grandes
endémies :
-la bilharziose : traditionnellement
implantée dans le Niari, la Bouenza et le Kouilou, l ' affection gagne les
grandes villes du fait des migrations : le réservoir est constitué aux 3/4 par
l’homme.
-la maladie du sommeil : les foyers les plus
vivaces restent ceux de la Bouenza et du couloir.
Contrôlées en 1960, de nouvelles
épidémies de maladie du sommeil apparaissent depuis 1968. Actuellement les
foyers les plus importants sont ceux de la région Niari-Bouenza (10% de
prévalence), dans les forêts du Nord-Congo et du Mayombe (4,5% de prévalence) et
surtout le long du Fleuve Congo (20% de prévalence à Ngabé) dus à la
contamination par le foyer zaïrois le long du fleuve
Kasaï.
-le pian sévit à l’état endémique dans les
régions de la Sangha et de la Likouala. Il frappe essentiellement les
populations pygmées.
-les troubles par carence en iode : région de
la Likouala, district de Dongou. La prévalence du goître dans la Likouala est de
55% pour les Bantous, 19% chez les
Pygmées.
-la lèpre : endémie rurale. 6416 cas
répertoriés en 1989. La prévalence la plus forte est dans la Likouala (10%) et
la Sangha (7,8%).
-2 :
de l’enfant
-paludisme : principal motif de
consultation et d’hospitalisation, dû à une transmission très intense et quasi
permanente du parasite. 85% de la population est porteuse de falciparum. Le
phénomène de chimiorésistance augmente d’année en année, en particulier à
Brazzaville et dans le sud du pays. Seule la région de la Likouala est
épargnée.
-affections
respiratoires : 27% des causes de
consultation et 17% d’hospitalisation dans les SMI de Brazzaville en 1990.
Epidémiologie mal connue.
-diarrhées : selon l’enquête nationale
sur l’état nutritionnel des enfants d’âge pré-scolaire en zone rurale au Congo
en 1987 : 5,8 épisodes diarrhéiques
par an de 3,9 jours en moyenne. Pic de fréquence : 9-11 mois, pic de fréquence
et de durée : 18-23 mois.
-Sida : vu le rôle de la transmission
foeto-maternelle, la majorité des cas de sida s’observe avant un
an.
-parasitoses intestinales : ascaris,
ankylostomes, anguilloses particulièrement chez les enfants de 4 à 6
ans.
-maladies non transmissibles :
drépanocytoses (2%), traumatismes (9%), carences nutritionnelles : le programme
national montre, en ce qui concerne le déficit pondéral et le retard de
croissance, des disparités considérables au détriment des zones rurales. Les
zones les plus touchées sont le Plateau central, le Chaillu et le Mayombe.
Carence en iode : 4,5% des enfants
âgés de 0 à 4 ans auraient un goître visible dans le district de Dongou (étude
réalisée en 1987). Carence en vitamines : en 1988, 28% des enfants en accès
palustre auraient une carence en vitamine A (étude réalisée dans les hôpitaux de
Brazzaville et Pointe-Noire). Fer: aucune étude.
-maladies cibles du programme élargi de
vaccinations : rougeole (l’incidence passe de 7900 cas en 1979 à 338 cas en
1989), coqueluche (6326/18 cas), diphtérie (0 cas actuellement), tuberculose
(4373 cas en 1989), poliomyélite(0 cas en 1990), tétanos néo-natal (2,3%
notifiés en milieu rural, vraisemblablement le double)
-3 :
de la mère :
Part prépondérante de la sphère
gynéco-obstétricale :
MST: cause de 50% de
stérilité. 2, 4%de sérologie syphilitique positive
La fréquence de la stérilité
est estimée, par le Laboratoire de santé publique, à 10%
Sida : les femmes
constituent 47% des cas de Sida déclarés par le Congo dans la tranche d’âge de
20-30 ans. La séroprévalence générale est de 5% en milieu urbain et de 1% en
milieu rural.
Un système de surveillance
par poste sentinelle a montré en 1990, en milieu urbain, que 5à 6 % de femmes
enceintes sont séropositives.
3 : Problèmes sociaux liés
à l’état de santé de la population
Le rapport signale brièvement les problèmes liés à l’inadaptation et à la faiblesse du niveau économique ; une proportion considérable de la population est vouée à des conditions de vie très précaires notamment en ce qui concerne la satisfaction des besoins essentiels : habitat, hygiène, approvisionnement en eau et accès aux soins de santé.
En 1992, ces résultats n’avaient rien de surprenant puisqu’on les retrouvait presque dans tous les pays africains. Ce qui frappait c’était la qualité médiocre des résultats au vu des politiques de santé prônées, des revenus du pays et des ressources consacrées à la santé.
En effet, les indicateurs de
santé étaient légèrement meilleurs
que ceux de l’ Afrique subsaharienne alors que les revenus étaient deux à trois
fois supérieurs, qu’il y avait deux fois plus d’ infirmiers et de médecins,
trois fois plus de lits d’ hospitalisation et de dépenses au titre de la santé
par tête d’ habitant, une couverture vaccinale également deux à trois fois
supérieure et une meilleure instruction.
C-PROFIL EPIDEMIOLOGIQUE DES PYGMEES
-De la même manière la
maladie du sommeil est rare en forêt. Les Pygmées, étudiés dans la forêt de
M'Bomo, au cours de 4 enquêtes effectuées entre 1974 et 1980, n’ont pas présenté
de manifestations parasitologiques, ni sanguines. L' enquête a conclu que les
Pygmées ont un haut degré de tolérance, comme d' ailleurs le reste de la
population autochtone de la région, ou bien qu’ils sont peu exposés. En effet,
les glossines ne vivent pas en forêt, où il n’y a pas d’eau. Les seules mouches
Tsé-Tsé rencontrées sont, d' après les chasseurs, celles qui accompagnent les
troupeaux d’animaux sauvages (éléphants, gorilles, potamochères...), au contact
desquels peuvent se trouver les Pygmées, ce qui explique les sérums douteux chez
ces derniers, en cas de recherche des anticorps fluorescents (I.F.I.).
Ces quelques études
montrent :
-des indicateurs de mortalité
et de morbidité des populations pygmées nettement plus mauvais que ceux dela
moyenne congolaise ;
-parmi les cinq affections
(diarrhée, pneumonie, rougeole, paludisme, malnutrition) sur lesquelles se sont
focalisées depuis 1992 les Agences internationales (OMS, UNICEF, en
particulier), les trois premières ont une incidence très forte, mais
malheureusement non quantifiée par absence de recensement ; le paludisme
est moins important pour des raisons tenant à l’écologie (forêt) et non à une
intervention humaine ; quant à la malnutrition elle est équivalente chez
les Pygmées et les autre populations forestières, toutes aussi marginalisées que
les Pygmées.
-l’épidémiologie (incidence
moindre du Sida et de l’hépatite) et les études génétiques (fréquence de
l’hémoglobine S) confirment la séparation sociale entre les sociétés Grands
Noirs et Pygmées ;
-l’épidémiologie montre
également que les Pygmées sont un réservoir de pian, de lèpre et peut-être de
virus leucémique.
Le profil sanitaire des
Pygmées rappelle celui des Africains des années cinquante. Les grands programmes
de santé des Agences internationales se sont arrêtés à la lisière de la forêt
équatoriale.
Aucune vaccination, pas
d'accouchement assisté ni de planning familial, des maladies disparues (pian,
lèpre…) toujours présentes; un isolement protecteur des maladies "modernes"
(SIDA, hépatites) ou des maladies en forte recrudescence
(trypanosomiase).
La forte prévalence du pian
n'est que la partie la plus visible, du fait de sa chronicité, de ce retard
sanitaire.
Sa chronicité en fait un bon
indicateur dans une population non recensée dans laquelles les affections
aiguës, léthales, comme la rougeole, sont difficiles à
utiliser
En
résumé :
Un profil sanitaire rappelant
celui des Grands Noirs des années 1950.
Des signes épidémiologiques
traduisant l’isolement social de ces populations.
II ANALYSE DU SYSTEME DE
SANTE PAR LA COMMISSION AD HOC NOMMEE EN 1992 PAR LA CONFERENCE NATIONALE
SOUVERAINE
Malgré des prises de position
officielles en faveur des SSP, le système reproduit le système sanitaire
colonial : structure hospitalière au profit des bourgeoisies urbaines et
programmes verticaux de lutte contre un nombre limité d’endémies de la
brousse. Le problème des Pygmées
n’est pas abordé.
Du 26 juin au 29 juin 1990 un
séminaire atelier sur l’ « Initiative de Bamako » fut organisé,
en coopération avec l’OMS,
l’UNICEF, le FNUAP, le FAC, la GTZ. , par le Ministère de la santé congolais.
Cet atelier recommanda la
constitution d’une Commission ad hoc chargée de la programmation et de la
coordination au Congo des activités liées à la mise en oeuvre de
l’ « Initiative de Bamako. Cette Commission fit une analyse de l’état
de santé de la population congolaise et des principaux acquis et contraintes du
système de santé. Elle élabora un " Plan National de Développement Sanitaire"à
l’origine de la loi n° 014-92 du 29 avril 1992. Les décrets d’application n’ont
toujours pas été publiés en 1996[18].
A-DES ACQUIS POLITIQUES,
ADMINISTRATIFS ET OPERATIONNELS DECLAMATOIRES
Un engagement politique de
longue date en faveur des SSP, l’existence de décrets et d’une organisation
administrative adéquate, une connaissance des problèmes de
terrain.
1)Politiques : Le Parti
congolais du travail et la Conférence nationale souveraine ont prôné une
politique sanitaire en faveur des SSP et une politique d’action sociale visant à
favoriser l’autonomie des individus et des groupes
d’individus.
-1 La politique sanitaire
nationale a été définie par le 3ème Congrès extraordinaire du Parti congolais du
travail en mars 1979 : "Priorité à la médecine préventive et aux besoins de
soins primaires". Le Congo a également adhéré à la Déclaration sur les soins de
santé primaires d’Alma Ata (1978), à la Charte de Développement sanitaire en
Afrique (1980), au Scénario africain de développement sanitaire (lusaka 1985), à
la Déclaration sur l’Initiative de Bamako (1987), à la Déclaration suite à la
réunion du conseil des Ministres de l’OUA (Addis Abeba, 1988), à la Déclaration
des chefs d’Etats et de gouvernements de l’OUA, intitulée " Santé : base du développement en
Afrique (Addis Abeba, 1987).
Le programme d’action économique et sociale (1990-1994) a axé sa stratégie sur le renforcement des SSP, la multiplication des structures de base, l’élargissement de la SS.
En 1991, la Conférence
souveraine a réaffirmé son soutien aux SSP et a recommandé la mise en place de
l’Initiative de Bamako.
-2 La politique d’action sociale du 3ème
congrès a été redéfinie en 1984 et 1989.
2) Administratifs : un
certain nombre de décrets ont été pris ces dix dernières années, réorganisant le Ministère de la santé
(décret 91/414 du 14/5/91) de manière à favoriser la mise en place de SSP
(décret 86/392 du 25/3/86), la décentralisation, le redéploiement des personnels
de santé en fonction des besoins de la couverture sanitaire nationale et
l’affectation des crédits de fonctionnement des hôpitaux de référence et des
Centre de santé intégrés (CSI).
3)Opérationnels : une
expérience déjà ancienne de SSP (vaccinations, accouchements assistés), de
collaboration avec les Agences internationales, un personnel nombreux, la
présence dans les collectivités de base de Comités et de Conseils de santé.
B- POUR LA COMMISSION
L’INCOHERENCE DU SYTEME DE SANTE A ETE UNE CONTRAINTE MAJEURE A LA MISE EN PLACE
DE CES POLITIQUES
Pour la Commission l’incohérence sur les
plan décisionnel, de la formation, de l’organisation et des ressources ainsi que
de l’environnement de la santé ont empêché les politiques sanitaires en faveur
des SSP de se mettre en place. Dans son rapport elle énumère ces
contraintes :
1)sur le plan
décisionnel :
-Insuffisance, voire absence,
de coordination dans la conception, suite à un éparpillement, au niveau du
Ministère, des centres de décision.
-Faiblesse du système
d’informations socio-sanitaires couplée à une absence notoire de personnel
compétent.
Pour les membres de la
Commission , « il n’existe pas au Congo de définition claire des
indicateurs à retenir ni de leur utilité, ni de leurs circuits de circulation
".
-Absence de textes
d’application des lois et décrets existants, notamment absence d’un cadre
juridique en faveur de la mise en place des SSP.
-Pas de politique du
médicament : le canal payant (80%) dépasse largement le canal gratuit
(20%). L’importation des médicaments augmente chaque année (11milliards en
1988). La possibilité d’approvisionner le secteur public par des centrales
d’achat international à but non lucratif comme l’UNIPAC se met
difficilement en place. Les prix
sont, en moyenne, dix fois moins élevés que dans le secteur privé. La France a
le quasi-monopole (95%) de la fourniture des médicaments.
.2-Sur le plan de la
formation : les SSP sont mal connus
-Insuffisance d 'information
et de formation dans le domaine des SSP au niveau des personnels de santé, y
compris des cadres en charge des postes de responsabilité au Ministère de la
santé.
-Inadéquation entre l’option
fondamentale prise en faveur des SSP et le type de formation dispensée dans les
Institutions de formation des professionnels de la santé.
3)sur le plan
organisationnel : pas de carte sanitaire, les niveaux du système sont
mal définis, la décentralisation n’est pas effective, aucun indicateur n’est
disponible sur les durées moyennes d’hospitalisation, sur les pathologies
soignées et les résultats obtenus. Une accessibilité géographique satisfaisante
mais aucun renseignement n’est fourni sur l’état réel des formations
sanitaires.
a)-une organisation
hospitalière hétérogène, asphyxiée par le CHU
Les structures sanitaires
comportent : le poste de santé, le dispensaire, le centre de santé intégré,
l’hôpital de base, l’hôpital régional ou communal, l’hôpital général, l’hôpital
universitaire, auxquels s’ajoutent les centres médico-sociaux et les cabinets
privés.
Les établissements sociaux
comportent : des sous-secteurs sociaux, des circonscriptions, des
institutions spécialisées (nationales : pour les sourds, les aveugles ;
régionales: poliomyélitiques...).
L’infrastructure hospitalière comporte ainsi : 646 formations sanitaires publiques pour 133 formations privées. 7985 lits d' hôpitaux, soit un lit pour 284 habitants. Le CHU de Brazzaville a une capacité de 879 lits.
b)-sur le plan extra-hospitalier
*un secteur privé (médecins, guérisseurs) sur lequel aucune donnée n’est utilisable
*la prévention et la promotion de la santé est un échec
-planification familiale : limitée à la
distribution de contraceptifs. La prévalence contraceptive est estimée à 2% sur
le plan national.
-suivi prénatal : dans le but de dépister
les grossesses à risque, 4 consultations obligatoires associées à une couverture
antipalustre et à une vaccination anti-tétanique sont théoriquement nécessaires.
En fait, à Brazzaville par exemple, 50% des femmes n’ont pas eu de consultation
au 6ème mois ; 30% seulement des 70% de femmes ayant accès aux formations
faisant partie de ce programme ont une chimioprophylaxie. 60% des femmes et des
enfants sont vaccinés contre le tétanos.
-suivi des enfants de moins de cinq ans
:
Vaccination d' au moins 75%
par antigène. Ces chiffres cachent une disparité régionale, que révèlent les
tableaux en annexe, aux dépens des zones rurales du nord.
La surveillance de la
croissance montre les mêmes inégalités.
L’éducation pour la santé
utilisant la radio et la télévision est trop courte, trop espacée, peu
documentée, sans méthodologie ni stratégie d’ensemble. Les zones rurales ne sont
pas concernées.
*les donateurs extérieurs ont la main mise sur les programmes de santé publique spécifiques
Ces projets verticaux ont en
effet, la faveur des donateurs extérieurs :
lèpre (Raoul Follereau, 56 millions de
CFA), paludisme (France), tuberculose (France), trypanosomiase (France),
schistosomiase (6m), onchocercose (River Blindness Fondation), projet
d’amélioration de la vie familiale par la maternité à moindre risque (FNUAP,
OMS), projet intégré de planning familial/ santé maternelle et infantile (Family
Planing International Assistance), projet national de lutte contre le sida (466
m de CFA : CEE, OMS, EEC, FAC, GTZ, Canada, UNICEF) programme élargi de
vaccinations (USAID, ACSP, Rotary), projet d’appui à la santé maternelle et
infantile (Fac, 111millions de CFA), projet d’appui aux activités de nutrition
(FAC, 49millions de CFA).
On remarquera l’ importance
des ressources consacrées au Sida et qu’aucun projet spécifique n’est prévu
contre le Pian.
4-Sur le plan des
ressources : des ressources humaines et financières concentrées sur
Brazzaville et le CHU
Les crédits de fonctionnement
sont insuffisants et la répartition des ressources humaines et du budget santé
est sans rapport étroit avec les priorités
a) Les ressources
humaines : le personnel médical est mal réparti sur le territoire et sa
formation hétérogène.
En effet, 62% du personnel de
santé (4226 personnes) se trouvent à Brazzaville. Les médecins sont formés en
majorité sur place, à l’Institut Supérieur des Sciences de la Santé. Une partie
a été formée en URSS, à Cuba, en France, au Sénégal, en
Roumanie...
b) Les ressources
financières : le CHU se taille la part du lion en frais de fonctionnement,
de salaires et d’équipement. Cette ponction financière,dans une situation de
crise, a entraîné l’effondrement de tout le système de santé
public.
-Les dépenses publiques de
fonctionnement du secteur santé présentent une distorsion considérable dans
l’allocation des ressources : plus de la moitié du budget public de la santé va
au CHU.
En 1990, les ressources
financières se répartissaient de la manière
suivante :
…Hors CHU :
fonctionnement (0,686 milliards) + salaires (9,3 milliards),
…CHU de Brazzaville :
1,476milliards de fonctionnement + 4 milliards de
salaires,
…Charges communes :
0,013 M,
…médicaments : 0,054
M.
-L’investissement consacré à
l’équipement sanitaire connut un développement opposé à celui des
investissements de l’Etat. Son taux augmenta de 3,2 M en 1984 à 6,9 M en 1990,
alors que le budget de l’Etat passa de 170 M à 36 M dans la même période. Cette
remontée spectaculaire était consécutive aux emprunts contractés pour la
construction du CHU de Brazzaville et de l’hôpital de Loubomo.
Malheureusement, la crise
économique entraîna une chute des crédits de fonctionnement rendant impossible
le fonctionnement des équipements lourds. Les conséquences furent, dans les
formations sanitaires hors CHU : le délabrement des locaux et des
équipements, l’absence quasi-totale de médicaments, la démobilisation du
personnel. La facturation des prestations n’arrangea rien à l’affaire. Beaucoup
de reproches furent faits à ce système : disparité des tarifs, liens plus
ou moins flous entre le prix et la prestation, destination douteuse des sommes
encaissées…
-Le secteur para-public (à savoir, CNSS,
Hydro-Congo, BCC, SNDE, ONPT)représentait
en 1990, 2,6 milliards de CFA (salaires, frais de fonctionnement, prise
en charge)
-Enfin les ONG
(essentiellement l’Eglise Evangéliste et l’Armée du Salut) consacraient 0,324M
au secteur santé.
-L’aide extérieure, sous
forme de programmes verticaux, était orientée,dans les années 90, dans les
domaines suivants : survie de l’enfant, amélioration du bien-être familial, eau
et assainissement, formation du personnel, lutte contre les grandes
endémies :
*Nations Unies : 5,2millions§
(OMS : 0,88 m ; UNICEF: 2,9 m ; FNUAP: 1,3 m)
*Coopération bilatérale : 8,
9 millions§ . Les pays les plus impliqués sont la France (FAC : 26,7
millions de francs en 1993, soit 50% de l’ aide bilatérale), l' Allemagne (GTZ),
les USA (USAID), le Canada (CDRI) et la Suède..
La part du budget des agences
de coopération chinoise, soviétique, cubaine, de même que celle des ménages et
des entreprises privées affectées à la santé sont très mal
appréciées.
5-Sur le plan de
l’environnement de la santé :
-Faiblesse, voire absence, de
mécanisme de concertation inter-sectoriel (éducation, développement rural,
eau...).
III PROPOSITIONS DE LA
COMMISSION
Le Plan national de santé proposé par la
Commission ne réaménage que le niveau primaire des soins.
Une état des lieux deux ans
après montrait que rien n’avait été entrepris.
Les problèmes de santé
essentiels de la population étant les maladies infectieuses, parasitaires (en
premier lieu le paludisme), les maladies diarrhéiques, les infections
respiratoires et la pathologie associée à la reproduction, la commission estima
que la solution résidait dans le développement des SSP à travers le "Scénario
africain de développement sanitaire"(renforcement du système de santé de
district) et la mise en place de l'" Initiative de
Bamako".
La commission proposa un plan
national de développement sanitaire qui fit, en 1992, l’objet d’un projet de
loi, dont le vote eut lieu en 1995[19] et dont les
décrets d’application se font encore attendre.
Ce plan s’appuyait sur les
résolutions sanitaires supranationales (SSP, Scénario africain, initiative de
Bamako). L’objectif était de fournir des SSP à au moins 80% de la population,
avec son entière participation et de renforcer les capacités nationales de
gestion.
La stratégie proposée était
la suivante :
-priorité à la
décentralisation avec création de circonscriptions sanitaires et sociales (CSS)
comprenant un hôpital de référence (HR) et des Centres de santé intégrés (CSI)
où devraient être pratiqués les SSP avec participation de la communauté et
contribution financière des usagers. Un appui logistique devrait être assuré à
ces CSI.
-Le renforcement de la
capacité de gestion devrait s’effectuer par une amélioration du système
d’information nationale, l’élaboration de textes réglementaires, la formation du
personnel et la supervision de l’ensemble par un noyau central de
coordination.
-L’instauration d’une
politique du médicament essentiel.
QU’EN EST-IL
ADVENU ?
*Une étude effectuée en 1994
par Louis JP et ses collaborateurs[20] montrait que sur
les 11hôpitaux de référence prévus, aucun n’était réalisé. Pour les CSI, moins
de la moitié des 67 prévus étaient fonctionnels. La politique du médicament
essentiel n’était toujours pas mise en place. La détérioration de la qualité des
soins en était pour eux la conséquence la plus évidente.
Ils expliquaient les raisons
de ce retard de la même manière que les membres de la Commission deux ans
avant :
-manque de pugnacité des
décideurs aux différents niveaux,
- faible opérationalité des
organes centraux de gestion
- difficultés de mettre en
place une politique adaptée de gestion des ressources
humaines
- surtout l’insuffisance de
mobilisation des ressources financières nécessaires.
Dépenses nationales de santé
(DNS) en 1992
|
|
Public |
Parapublic |
Prive |
Exterieur* |
Total |
|
Fiscalité |
23,5 |
|
|
1,0 |
24,5 |
|
Prevoyance |
0,7 |
8,4 |
1,2 |
0,1 |
10,4 |
|
Paiements
directs |
0,8 |
|
20 |
|
20,8 |
|
Apports
extérieurs |
3 ,5 |
|
|
|
3,5 |
|
Total |
28,5 |
8,4 |
21,2 |
1,1 |
59,2 milliards
CFA |
*L’extérieur correspond aux
évacuations sanitaires
Les apports extérieurs sont
ceux des différentes coopérations et des Agences de
développement
L’analyse du système de santé montrait
que :
-En 1992, le secteur public
représentait alors 90% de l’offre de soins,
-la DNS était importante
(59,2 milliards soit 27 000 CFA par habitant) et qu’en proportion du PNB (7,5%)
elle était une des plus importantes d’ Afrique (moyenne africaine :
5,4%).
-la part de l’Etat (42%)
était consacrée essentiellement aux salaires (77%). Le sureffectif (12000 agents
sous- qualifiés et peu productifs, concentrés à Brazzaville), selon ces auteurs,
empêchait toute possibilité d’investissement.
-la protection sociale était
mal assurée (17% de la DNS) et ne concernait pratiquement que les employés des
entreprises parapubliques et du secteur privé.
-le paiement par les usagers
était très important (35%) et essentiellement consacré aux médicaments (15
milliards) et une petite part (O,8 milliards) correspondait à la prise en charge
des frais récurrents dans le cadre de l’initiative de Bamako.
La faiblesse des mécanismes
de couverture sociale et l’importance des paiements directs supportés par les
ménages étaient une cause manifeste d’iniquité.
Ces auteurs
concluaient : « La guerre civile et la crise économique ont entraîné
une diminution drastique de la part de l’Etat. Les mécanismes de prévoyance liés
au secteur industriel sont également au plus mal. La pression financière sur les
ménages ne peut que s’accentuer. Seule la paix revenue au Congo permettra de
mettre en œuvre le Plan national de santé dans un contexte difficile.
L’augmentation de la part de l’Etat sera vraisemblablement impensable. Une
meilleurs utilisation des ressources, un élargissement de l’assurance maladie
obligatoire, une prise en charge de l’indigence seront souhaitables ».
*En 1997, la Banque mondiale
proposa de financer un projet sur trois ans (1998-2000) pour rendre plus
efficace le Ministère de la santé dans la mobilisation des ressources et
développer les SSP dans les régions pauvres et mal desservies[21]. La guerre civile
a interrompu le projet et actuellement la situation politique rend impossible
toute forme d’aide sanitaire, si ce n’est une aide
d’urgence.
IV
COMMENTAIRES
Malgré des prises de position
officielles en faveur des SSP, le système conserve le système sanitaire
colonial : structure hospitalière au profit des bourgeoisies urbaines et
programmes verticaux de lutte contre les endémies de la brousse ayant un intérêt
économique. Le pian ne fait pas partie des huit programmes de lutte contre les
endémies. Le Plan ne traite pas des problèmes sanitaires des populations de la
forêt tropicale. Pourquoi ?
Le Plan ne s’attaque pas aux
rapports de forces entre les différents secteurs de la
santé.
Les CSI sont-ils accessibles
aux communautés pygmées ?
Le Plan ménage les divers
donateurs extérieurs
A-Les rapports de forces
entre les différents secteurs de la
santé ne sont pas modifiés
-Cette loi modifiait
essentiellement le niveau primaire du système de santé selon les
recommandations, pour l’Afrique, de la Banque mondiale[22].
-Mais, le devenir des
hôpitaux généraux, universitaires et d’autres établissements, était
préservé : « la loi laisse une place importante aux établissements de
très haut niveau de spécialité. Les hôpitaux généraux, le CHU, les autres
établissements, tel le Laboratoire national de santé publique, sont considérés
comme des établissements de référence ; ils devront apporter un appui aux
hôpitaux des CCS en fonction de leur domaine de compétence. La recherche d’un
fonctionnement harmonieux, de
chacun d’eux avec l’ensemble du système, fera l’objet de projets et de
programmes de recherche opérationnelle ».
-La verticalité des
programmes financés par les donateurs extérieurs, compte tenu de l’importance
des ressources allouées par ces derniers, était maintenue. Ces programmes
concernaient essentiellement la lutte contre les grandes endémies, la politique
familiale, la PMI ainsi que la nutrition. Le pian ne faisait pas partie de ces
programmes.
-Rien n’était dit sur la
montée en puissance du service parapublic dans lequel les salariés bénéficient à
la fois de la garantie d’emploi et de prestations sanitaires
gratuites.
-La persistance d’un secteur
pharmaceutique privé ayant quasiment le monopole du médicament n’était pas
remise en question. La réglementation prévue ne porte que sur la codification et
l’enregistrement de tous médicaments importés. La politique du médicament, en
particulier du médicament essentiel, était encore du domaine de la
recherche.
-Les raisons de l’absence de
volonté politique d’infléchir le système de santé réellement en faveur des SSP
n’étaient pas formulées.
B-Les Centres de santé
intégrés risquent de rester inaccessibles aux Pygmées
Toutefois, si la paix revient
un jour au Congo, il est fort probable que les propositions de la Banque,
reprises par le Plan national de santé feront autorité. Le découpage du
territoire en circonscriptions socio-sanitaires (CSS) comportant un hôpital de
référence et des centres de santé intégrés (CSI), ainsi qu’un sytème d‘appui
logistique seront vraisemblablement à nouveau proposés. Ces propositions insistent sur la décentralisation et sur
la participation communautaire. Quelles seront, pour les Pygmées les
conséquences de cette décentralisation ?
Laissons de côté le problème
des hôpitaux de référence pour nous intéresser au premier échelon, les CSI. Ce
sont les premières structures auxquelles les Pygmées pourraient avoir accès.
Pour ce faire, la couverture en CSI devrait être suffisante et adaptée aux
conditions particulières de la forêt équatoriale. Or, la spécificité de la forêt
et le problème de la dispersion des populations et de leur semi-nomadisme ne sont pas
évoqués par le Plan.
Par ailleurs, le choix et
l’organisation des activités des CSI dépendent des besoins, des demandes, de
l’acceptabilité des soins, des ressources et des technologies disponibles.
Comment seront déterminés les besoins spécifiques des populations pygmées, qui
écoutera leur demande, qui jugera que les soins qui leur sont imposés sont
acceptables par cette communauté, quelles ressources leur seront
consacrées ?
L’équipe de quatre personnes
proposée pour animer un CSI[23] acceptera-t-elle
de soigner les Pygmées dans la mesure où ces derniers ne font pas partie des
Comités de santé qui rassemblent
les représentants de la population et l’équipe cadre du CSI.
D’autre part, les Pygmées
n’ont pas d’argent pour payer. Le Plan prévoit l’identification par le comité de
gestion des catégories pouvant bénéficier de l’exemption de paiement et les
modalités d’utilisation des services du CSI, mais il est peu probable, dans les
localités où les Pygmées représentent un quart, voire 40% de la population, que les villageois payent
pour eux. Les exercices de micro-planification régionale risquent de révéler des
surprises. L’absence de recensement des populations ne pourra plus alors
occulter le fait que le nombre des Pygmées est sous-évalué.
Ainsi, en sus d’une mise en
place délicate due au contexte géographique, les « centres de santé
communautaires » se heurteront directement au problème de l’antagonisme
ethnique.
Enfin, le pian n’est plus un
problème de santé publique pour les Grands Noirs. Il est peu probable, en
conséquence, que l’extencilline fasse partie des « médicaments
essentiels » présents dans les CSI.
Refus vraisemblable des
Grands Noirs de partager leurs faibles ressources, défaut d’extencilline dans
les CSI : le Plan national risque d’être de peu de secours pour traiter le
pian chez les Pygmées. Mais serait-il plus adapté aux traitements des
principales maladies qui affectent les Pygmées ?
C-Le plan ménage
l’ensemble des donateurs extérieurs
La Commission chargée de
rédiger le Plan national de santé s’est réunie en présence des représentants de
l’OMS, l’UNICEF, le FNUAP, du FAC et de la GTZ. Le plan a été ainsi le reflet
des intérêts de ces donateurs ou concepteurs : hospitaliers pour la France,
programmes verticaux pour la France et les Agences de l’ONU, SSP pour les
Agences de l’ONU et la GTZ.
Parmi ces donateurs la France
pesait d’un poids historique, financier(50% de l’aide bilatérale et l’équivalent
de l’aide des Agences de l’ONU) et conceptuel particulièrement important sur le
système de santé congolais
A cet égard, nous rappelons
que le CHU avait été conçu par des bureaux d’ étude français et construit par
des sous -traitants d’ entreprises françaises ; les banques françaises
avaient assuré son financement (29 Milliards CFA), la coopération avait fourni une grande partie des
médecins et de l’assistance
technique et administrative nécessaire à son
fonctionnement.
Les points forts de cette
coopération sanitaire française (52 assistants techniques sanitaires en 95)
étaient, outre les hôpitaux : la recherche entomologique (ORSTOM, Institut
Pasteur), les programmes verticaux de lutte contre les grandes endémies
(tuberculose, paludisme et, bien sûr, maladie du sommeil) et la présence de
conseillers dans divers départements du Ministère de la
santé.
Enfin, la France avait le
quasi-monopole du marché du médicament (95% de 11 Milliards de CFA en
1992).
Il nous est donc nécessaire
de connaître la politique en matière d’aide sanitaire de ces principaux
donateurs puisque le système de santé congolais ne peut fonctionner sans leurs
financements.
SECTION II LES DONATEURS NE
S’INTERESSENT PAS AU PIAN
I POIDS DE L’HERITAGE COLONIAL DANS LE
SYSTEME DE SANTE CONGOLAIS
En Europe, à la fin du XIXème siècle, la
révolution pasteurienne donna bon espoir aux hommes de vaincre les fléaux
historiques qui les accablaient encore.
Ainsi en France,
l'amélioration des hôpitaux, l'importance accordée à l'hygiène publique et à la
PMI entraînèrent une amélioration spectaculaire de la santé, visible dès 1914
dans les indicateurs de santé publique (voir annexe). Au début de la Grande
guerre, toutes les maladies infectieuses et parasitaires étaient correctement
décrites cliniquement, et la théorie de l'origine microbienne de ces maladies
était acquise depuis longtemps (voir annexe). Si la fièvre jaune, la variole, la
rougeole, la poliomyélite n'avaient pas encore livré leur secret (virus), leur
nature infectieuse ne faisait aucun doute.
Toutefois, jusqu’ à la guerre
de 1914, les troupes coloniales européennes payèrent un lourd tribut aux
maladies tropicales.
En effet, les maladies
endémo-épidémiques qui sévissaient alors sur le continent africain (paludisme,
fièvre jaune, variole, lèpre, maladie du sommeil, Pian...), bien que connues
cliniquement depuis longtemps des médecins de marine, des marchands et des
négriers[24], ne livrèrent
leur étiologie bactérienne ou parasitaire et le nom de leurs vecteurs que les
dernières années de la prise de possession des colonies. La fièvre jaune resta
jusqu’en 1932, date à laquelle fut découvert un vaccin, le fléau le plus
redoutable tandis que la variolisation et la quinine avaient mis les Européens à
l'abri de la variole et dans une moindre mesure du
paludisme.
La photo de Savorgnan de
Brazza, prise par Nadar, est, à cet égard, significative de l'état physique des
Blancs en Afrique. Cette période, toutefois, fut très active au niveau de la
recherche, en particulier dans les Instituts Pasteur qui essaimèrent dans
l'Empire.
Quant aux indigènes ce fut
seulement dans les années vingt que les pouvoirs publics s’ intéressèrent à leur
santé et établirent un lien entre celle-ci et le développement économique des
colonies, dont la guerre avait montré l'importance. A l'exemple du plan Albert
Sarault, les médecins généraux proposèrent des plans d'hygiène et de prévention
contre les épidémo-endémies qui menaçaient les races autochtones déjà bien
clairsemées. La maladie du sommeil fut désignée comme l'ennemi
n°1.
Quelles sont donc à cette
époque ( 1920-1930) les caractéristiques de la médecine coloniale
?
Les années 1930-1940 peuvent
servir de repères, pour évaluer ce qu'il est convenu d'appeler la "médecine
coloniale" : la structure administrative et les innovations techniques sont en
place et vont le demeurer jusqu'au bout.
Elle offre deux
faces :
A-Une médecine de soins pour
les Européens
B-Une médecine de masse pour
les indigènes
A- UNE MEDECINE DE SOINS
POUR LES EUROPEENS
Dans les colonies françaises, comme dans
les colonies anglaises ou portugaises, la médecine pour Européens fut exercée
séparément de la médecine pour indigènes :
Les services de santé se
développèrent dans ces colonies suivant le même schéma : d'abord des
hôpitaux pour les marins, les soldats, les fonctionnaires coloniaux, puis la
création de formations sanitaires pour les indigènes, ensuite, des écoles de
médecine formèrent des médecins locaux[25].
1)Les médecins du Corps de
Santé de la Marine et des colonies
Ces médecins furent
d’excellents praticiens, mais trop peu nombreux et dépendants d’ intérêts
militaires et économiques sans réel rapport avec les besoins sanitaires des
populations.
Si nous laissons de côté
l'Algérie, la médecine dans les territoires français d'outre-mer fut exercée par
le Corps de Santé de la Marine,Corps créé en 1759 sous l'Ancien Régime. Ses
membres devinrent officiers en 1834
et, après 1866, durent soutenir une thèse dans une des trois facultés de
médecine de l'époque : Paris, Montpellier ou Strasbourg. Ces médecins
recevaient leur formation pratique dans les écoles de médecine et de chirurgie
de Rochefort, Toulon et Brest jusqu'à l'ouverture de l'école de Santé Navale de
Bordeaux en 1890.
Les promotions qui sortent
depuis, de cette école, reçoivent une formation complémentaire à Marseille, à
l'école d'application du Pharo, spécialisée dans la médecine tropicale, et à
Paris, à l'Institut Pasteur[26].
La première caractéristique
de ce Corps, d'après tous les auteurs, est l'excellence de la formation de ces
médecins.
Toutefois, un certain nombre
de problèmes vont empêcher ces hommes de remplir, en Afrique, la même fonction
que leurs confrères de métropole, à savoir, lutter contre les maladies
infectieuses, la mortalité infantile et maternelle avec suffisamment de
succès :
a) La pénurie chronique des
effectifs
Ce problème est présent dès
le XIXème siècle : selon Lapeyssonnie, d’une part les médecins qui servaient
Outre-mer dans les années 1860, étaient des officiers de petit grade (100
médecins de 2° classe sur 144) et d'autre part les difficultés du recrutement
étaient telles (l'affectation aux colonies ne soulevait pas l'enthousiasme
général, la promotion était meilleure en France[27]) que la Marine
dut recruter des médecins de deuxième classe, sans
doctorat.
Ce problème disparut avec la
création de Santé Navale en 1890, mais la pénurie persista. Seuls 3200 médecins
choisirent cette affectation en un siècle (189O et 1990). Cette pénurie obligea
la Marine a faire appel à des médecins civils auxiliaires.
L'ouverture de la faculté de
médecine à Madagascar (1896), en Indochine (1902) et bien plus tard, de l’ école
d'officiers de santé à Dakar (1918) diminua relativement cette
pénurie.
Les chiffres restèrent
toutefois peu brillants[28]:
Les tableaux d' effectifs en
1920, 1938 et 1956 montraient que plus la société civile était évoluée, moins il
y avait de médecins militaires parmi les médecins diplômés. C' est en Afrique,
et en particulier en AEF, que les médecins militaires étaient les plus nombreux.
Leur nombre, en Afrique francophone, tourna autour de 1/30 000 dans la meilleure
période (1956)[29].
Il était ainsi impossible avec des
effectifs pareils de prétendre soigner correctement les populations. En
conséquence deux solutions étaient possibles :
-soit on encadrait des
effectifs indigènes, mais malheureusement ceux-ci étaient également peu
nombreux: en 1/54 000 en AOF et 1/112 000 en AEF.
-soit on ne soignait que la
population européenne. Mais ces effectifs n’ étaient-ils pas justement calculés
en fonction de la population européenne ?..
Par ailleurs, un nombre aussi
peu élevé de médecins indigènes en 1956 augurait mal de la capacité médicale de
ces pays à l' indépendance et explique leurs besoins d’ assistants techniques
sanitaires pour une longue période.
b) Ces effectifs dépendaient
d' intérêts militaires ou de l' économie coloniale et non des besoins des
populations
Les « belles
colonies » furent toujours les mieux loties. Quand on analyse le tableau
des effectifs en 1867, on s' aperçoit que le Sénégal et l' Indochine étaient les
mieux servis. Après la conquête, Madagascar se joindra à ce groupe de pays
privilégiés. [30] Ce déséquilibre
se maintint durant toute la colonisation, avec une nette préférence pour l'
Indochine qui fut toujours choisie en premier par les jeunes médecins qui
sortaient du Pharo[31]. Dans les années
1990, le tableau des effectifs d’ assitants techniques sanitaires reflète
parfaitement celui des intérêts militaires et économiques de la France en
Afrique : la Côte d’ Ivoire vient loin devant avec 102 ATS, puis le Sénégal
(84) suivi des pays pétroliers (Cameroun, 56 ; Congo, 53 ; Gabon, 52)
et de Madagascar (55) vieille nostalgie coloniale sur la route de l’
Asie.
2) L' hôpital
a) L’hôpital militaire était
réservé aux Européens-Les formations indigènes manquaient de
moyens
Selon Lapeyssonnie, dès que
ces médecins formés dans les hôpitaux de la marine comme praticiens
hospitaliers, « se fixent dans un port, ils bâtissent des hôpitaux en
tous points remarquables, aussi bien sur le plan technique que sur celui des
qualités hôtelières: ils soignent les marins, les soldats, les commerçants, les
missionnaires, et très vite les indigènes"[32].
Les médecins de marine
reproduisirent ainsi l' hôpital de Rochefort, modèle du genre, dans l' ensemble
des possessions françaises: beau morceau d' architecture pavillonnaire, placé
dans le site le plus agréable et le plus sain du port de la colonie ou du
comptoir.
Cet hôpital se distingua
toujours de l' hôpital indigène, par ses moyens, le niveau des médecins y
intervenant (médecins de 1° classe) et la clientèle qui le fréquentait,
essentiellement européenne. Les formations indigènes reçurent plutôt les jeunes
diplômés, surtout si elles étaient "en brousse", et l' aide secourable des
ordres religieux.
Cette séparation des malades
selon le statut ne mit pas les hôpitaux militaires à l' abri des épidémies.
Ainsi, au Tonkin,dans les années 1870, des foyers de choléra étaient installés
au coeur des hôpitaux.Mais, très vite,
les hôpitaux militaires
profitèrent de la révolution pasteurienne, pour le plus grand bonheur des
troupes et de la clientèle européenne[33]. Mais cette
hygiène était chère à mettre en œuvre et les formations indigènes durent l'
attendre longtemps, beaucoup l’attendent encore.
En regard des hôpitaux
militaires, les formations indigènes pratiquèrent d' emblée une médecine de
deuxième classe, au sens militaire et au sens courant de l' expression :
manque de moyens, de médecins. Elles furent souvent confiées aux missionnaires,
dévoués, mais sans réelles connaissances médicales[34].
b) L' hôpital était réservé
aux soins: la dimension sociale des hôpitaux métropolitains était
absente
Enfin, une grande différence
existait entre les hôpitaux militaires et ceux de métropole: la dimension
sociale de l' hôpital communal était ici exclue et évacuée sur les formations indigènes qui, d’ailleurs, n’
avaient pas la capacité d’y répondre. La médecine sociale ne faisait pas partie
des objectifs des hôpitaux militaires : la première raison de leur présence
était de soigner les troupes d' occupation pour lesquelles les fièvres" sont la
première cause de mortalité, bien devant les morts au combat »[35].
c)La pyramide hospitalière
n' exista que dans les "belles colonies"
L’organisation sanitaire
hospitalière évolua très vite différemment en Indochine, à Madagascar et en
Afrique mais les règles de départ restaient les mêmes.
Le premier service de santé
fut installé en Cochinchine, "fief des amiraux"entre 1863 et 1874, par un
médecin colonial, Lalhuyeaux d' Ormay:
A la base du système, un
poste médical, appelé "infirmerie" ou ambulance s"installait au cours d' un
épisode guerrier de la conquête et se maintenait après le départ des troupes
quand la pacification était terminée.
Ce sytème se compléta, entre
les deux guerres mondiales, d' un hôpital de Cercle (comprenant un médecin), au
dessus, d’un hôpital de province, et enfin, dans la capitale, d’un hôpital
central.
Ce système put fonctionner en
Indochine car, très vite, fut ouverte ( 1902) une école de médecine qui fournit
les médecins hospitaliers, mais aussi les médecins libéraux, donnant rapidement
à ce pays un développement médical et sanitaire important. Il en fut de même à
Madagascar, où, en 1931, on compte déjà, à côté des 4 hôpitaux militaires et 8
ambulances réservés aux Européens, 53 hôpitaux pour indigènes, 204 maternités,
180 dispensaires.
En comparaison, la position
de l' Afrique noire est déplorable. En 1921, n' existaient que 5 hôpitaux en AOF
et 5 en AEF. L' école de médecine de Dakar, fondée en 1918, n' avait encore
produit aucun médecin auxiliaire.
Par ailleurs, il existait un
déséquilibre manifeste entre les hôpitaux des capitales coloniales et les
formations sanitaires des zones rurales.
3)
Le niveau des diplômes délivrés aux indigènes dépendait de leur hiérarchie dans
l' imaginaire colonial:
Anamites et malgaches purent devenir docteurs en
médecine, les Africains durent se contenter du titre d' officiers de santé et
rester sous la coupe des médecins militaires.
L' Afrique française ne
rattrapa jamais , sur le plan de la formation médicale, l' Indochine et Madagascar.
4)La prévention sanitaire était basée sur la séparation de l' habitat
des Européens et des indigènes:
Une caractéristique habituelle des
premiers établissements européens était la séparation de l’habitat européen de
celui des autochtones. Les anciens "quartiers réservés" des comptoirs ou des
concessions se retrouvèrent dans l' urbanisme colonial et prirent souvent, en
Afrique noire, l' appellation de "plateau". Ces emplacements aérés reçurent les
premiers adduction d'eau potable et assainissement les protégeant relativement
des endémo-épidémies. Ce schéma était général quel que fût le colonisateur. Il
se maintint après l’ Indépendance.
Dans les villages indigènes,
en revanche, on s' intéressa peu à l' hygiène, on creusa peu de puits, on ne prit pas
assez en considération le problème de l' eau potable.
En
conclusion :
La médecine pour les
Européens fut une médecine militaire de bonne réputation, centrée sur l’ hôpital
et consacrée aux soins. Les militaires et les colons profitèrent également des
premières vaccinations et de quartiers séparés, propres et alimentés en eau
potable.
Le droit d’ être soigné à l’
hôpital militaire fut accordé à certains « évolués » après la deuxième
guerre mondiale.
Le nombre insuffisant de
médecins militaires et l’ arrivée tardive et en petit nombre d’ officiers de
santé indigènes empêchèrent le développement d’ une médecine de soins digne de
ce nom pour la majorité de la population. Pour celle-ci, une médecine de masse,
essentiellement axée sur la maladie du sommeil fut mise en place.
La médecine hospitalière
militaire avait en charge une population peu nombreuse d’ Européens dont il est
possible de suivre l’état sanitaire. Pour la grande masse des indigènes, seules
les indications démographiques peuvent nous donner un reflet de leur état de
santé, même si les chiffres fournis par les administrations restent sujets à
controverses.
Trois périodes peuvent être
mises en évidence : la première correspond à la prise de possession de
l’A.E.F. Elle s’accompagna d’un recul démographique important. La seconde fut
une période de stagnation de la démographie qui dura jusqu’aux années trente.
Une dernière période fut marquée par l’amélioration des conditions sanitaires,
militaires, administratives et économiques qui permit une certaine croissance de
la population[36]. Ainsi, au
Moyen-Congo, d' après Sautter, la population est évaluée à 420 000 habitants en
1921, 570 00 en 1926, 532 900 en 1933 et 698 000 en 1955[37].
Toutefois, cette timide
reprise s’accompagna d’un déséquilibre dans la répartition de la population. Le
dépeuplement fut manifeste sur les plateaux batékés et dans la
Moyenne-Sangha.
Quelles furent les raisons de
la diminution de la population jusqu’aux années 30 ?
Comment expliquer la timide augmentation de la population
les années suivantes ?
Comment se répartissait la
population à la fin de la période coloniale et quelles furent les conséquences
du dépeuplement de la région comprise entre la Sangha et l’Oubangui sur les
relations Pygmées/ Grands Noirs ?
1- DIMINUTION GLOBALE DE
LA POPULATION DE L’A.E.F. ET DU MOYEN-CONGO DANS LES PREMIERES ANNEES DE LA
COLONISATION
La prise de possession des
territoires de l' A.E.F., relativement pacifique durant les premières années,
provoqua après 1898 une série d' épidémies (maladie du sommeil, grippe, variole,
fièvre jaune), de famines qui, associées à l' utilisation massive et brutale de
la main-d' oeuvre, entraînèrent une dépopulation considérable de la zone, Gabon,
Moyen-Congo, Oubangui-Chari[38].
Avec toutes les réserves qu'
il faut émettre sur les chiffres, l' ensemble des auteurs s' accordent sur
certains points[39]:
- Le fléau le plus meutrier
et le plus durable fut la maladie du sommeil (Trypanosomiase)[40]. "L' épidémie la
plus terrible commença en 1898 dans le Niari, s' étendit sur le Gabon en 1904,
puis sur Brazzaville, et par les voies d' eau sur le Haut-Congo, l'
Oubangui-Chari et l' Etat Indépendant du Congo. Elle fut déclenchée par le
passage répété des porteurs Loangos ; elle ne s' éteignit, vers 1912, qu' avec
l' abandon du portage"[41]. Elle entraîna,
selon Catherine Coquery-Vidrovitch, la décimation de la population Bobangui.
Elle s' étendit également sur la Likouala, l' Ibenga, la Motaba.[42]
- L' épidémie de grippe qui
sévit en Europe pendant la Première Guerre Mondiale atteignit l' Afrique en
1919. Selon Sautter, elle aurait entraîné la disparition de 10% de la population
d' Afrique Centrale[43].
La population de l' A.E.F. fut également la proie d' épidémies de
variole et de fièvre jaune, habituellement localisées le long des grands axes de
communication.
- Enfin, cette population
exangue eut à satisfaire les exigences accrues de la colonisation entraînant des
famines redoutables, dont la plus connue fut celle du pays Fang, qui s' annonça
dès 1918 et sévit jusqu' en 1933, faisant disparaître la moitié de ce groupe
qui passa de 140 000 à 65 000
personnes. En 1919, le manioc vint à manquer chez les Batékés de la Haute-Alima
et les M'bochi de l' Alima, ce qui obligea les pères de la mission de Lékiti à
renvoyer leurs élèves[44].
Selon Vansina, aux confins du
Gabon, du Congo et du Centrafrique, la population aurait chuté d' au moins un
tiers, passant de 1880 à 1930, de 800 000 à 587 000
habitants.
Cette catastrophe
démographique s’ajouta aux effets de la traite négrière qui avait déjà, les
siècles précédents, épuisé ces régions.[45]
Comment les pouvoirs publics
ont-ils réagi à cette catastrophe démographique ?
2 LES MOYENS MEDICAUX MIS EN ŒUVRE POUR
ENRAYER LA CATASTROPHE DEMOGRAPHIQUE PERMIRENT SEULEMENT DE STABILISER LE PRINCIPAL FLEAU DE LA BROUSSE, LA
MALADIE DU SOMMEIL
La dépopulation de l’AEF
finit par alerter l’opinion publique et la classe politique. Dans les années
vingt les méfaits qu’ exerçaient le sous-peuplement et l’absence de main-d’œuvre
sur le développement de la colonie incitèrent le pouvoir à s’intéresser à la
lutte contre les épidémies, en particulier la maladie du sommeil, et à faire un
effort pour améliorer le sort des indigènes. Ainsi Albert Sarault écrivait en
1923, "toute l’oeuvre de la colonisation, toute la besogne de création de
richesses est dominée aux colonies par la question de " main-d’oeuvre". De même
le mot d’ordre célèbre du Gouverneur général Carde, " faire du nègre", posait le
problème de la mise en place d’une médecine de masse, l'aide médicale gratuite
(AMG) étant insuffisante à régler un problème d’une telle importance. En 1924,
le médecin général inspecteur Lasnet exposa au Ministre des colonies, M.
Daladier, la "nécessité de faire évoluer l’assistance indigène dans le sens beaucoup plus
utilitaire de la médecine préventive et de l’hygiène, seules capables d’assurer
la protection et le développement des races autochtones clairsemées,
sous-alimentées et menacées par de graves endémo-épidémies"[46]. (La Banque
mondiale constata également, 70 ans plus tard, l’importance de la santé en tant
que fondement essentiel d’un développement économique durable[47]).
Toutefois, les mesures
médicales entreprises ne parvinrent qu’à stabiliser la population de l’AEF.
Quel rôle joua la médecine
coloniale dans cette stabilisation ? Quels secteurs médicaux furent
oubliés ?
1) Rôle de la médecine
coloniale dans la lutte contre les endémies
a) Les objectifs :
L’objectif n’était plus ici
de donner des soins attentionnés ««aux cadres européens, aux troupes et dans la
mesure du possible, aux cadres intermédiaires africains de l’appareil
colonial » [48]", mais de
préserver des masses humaines de fléaux déclenchés par la colonisation, qui
mettaient en péril l’œuvre coloniale et également la santé des Européens. Le
visage militaire de la médecine coloniale fut, dans ce combat, plus visible. Le
principal ennemi que dut affronter le service de santé fut la maladie du
sommeil, première cause de mortalité chez les indigènes.
b) Les moyens:
1-Politiques.
La maladie était connue
depuis longtemps. Un rapport sur son importance en AEF avait été effectué en
1909 par une mission financée par la Société de géographie de Paris et certaines
compagnies concessionnaires[49]. Toutefois, il
fallut attendre l’acquisition du Cameroun et la construction du chemin de
fer Congo-Océan pour que
l’Assemblée nationale s’intéresse à ce problème. Un rapport de 1924 de
l’Institut Pasteur prévoyait 100 000 nouveaux cas dont 25 000 mortels dans la
colonie. Le rapport situait la maladie du sommeil comme première cause de
dépopulation de l’AEF.
La lutte contre la maladie du
sommeil fut confiée à Jamot.Plusieurs campagnes eurent lieu : en 1917-1919 en
Oubangui-Chari, en 1924-25 au Nord-Cameroun
En 1926, Jamot obtenait la
création, au Cameroun, de la Mission permanente de la maladie du sommeil. De
nouvelles campagnes eurent lieu entre 1926 et 31 au Sud Cameroun[50].
En 1931 en AEF, sous la
direction de Muraz, 28 « Secteurs de prophylaxie » furent
créés.
Malheureusement la politique
suivie à l’égard de ces Services changea régulièrement, alternant
décentralisation au niveau territorial et centralisation au niveau de l’
A.E.F.Ainsi :
en 1932, (suite au scandale
Jamot), un décret décida l’incorporation des « Services de
prophylaxie » à l’ « Aide médicale indigène » et
décentralisa, au niveau des territoires, l’administration et l’affectation
du personnel. Les crédits furent inscrits aux budgets
locaux.
En 1934, le Gouverneur
Antonetti rétablit la centralisation des crédits.
En 1935, les services de
prophylaxie furent supprimés. Quelques équipes furent maintenues à la
disposition des territoires.
En 1944, les services
réapparurent sous le nom de Services Généraux fédéraux d’Hygiène Mobile et de
Prophylaxie (SGMHP)[51].
En 1956, ce service fut à
nouveau divisé en Services nationaux (Gabon, Congo, Centrafrique, Tchad) de
lutte contre les grandes endémies.
2- Humains
:
-La recherche sur les
maladies tropicales fut pour l’essentiel, l’oeuvre des 14 instituts Pasteur,
dont celui de. Brazzaville créé en 1909.
-la prévention et les soins,
furent l' oeuvre du Corps de santé
colonial. Malheureusement, le
nombre de médecins dévolus sur le terrain à la lutte contre les grandes endémies
fut toujours insuffisant et difficile à trouver. La brousse attirait peu de
volontaires et peu de gradés. Cette désaffection pour les postes ruraux s’est
maintenue jusqu’à aujourd’hui. Les médecins africains préfèrent toujours rester
dans les capitales.
3- Financier : . Les
crédits furent augmentés. Ainsi, en 1925, 8,4 % du budget de l’AEF étaient
attribués à la santé (contre 1,4 % à l’éducation). En 1940, c’était 15,6 %
(contre 2,3% à l’éducation), En 1956, le budget attribuait à la santé ne
représentait plus que 7,8% du budget du Territoire et les formations
hospitalières en accaparaient l’essentiel.
c) La méthode Jamot :
La méthode comportait un
quadrillage médical systématique des populations et de grandes opérations de
dépistage et de prévention, avec la collaboration de l’armée. Les foyers étant
circonscrits, on pratiquait un traitement de masse à l' atoxyl. Une condition
fut la cause de nombreuses frictions entre les médecins et l'administration
coloniale : l’efficacité exigeait l’exemption du recrutement dans les
foyers d’infection.
d) Les résultats :
1-Muraz écrivait en 1930
qu’en AEF, la maladie du sommeil " n’épargne, des quatre pays du groupe, que la
zone désertique et prédésertique tchadienne"[52]. Il se plaignait
de l’absence de médecins devant l’immensité de la tâche à accomplir, ce qui
explique le peu de trypanosomés recensés (30 000 en 1928). Il comparait la
situation à celle du Cameroun où, sur un territoire prospecté, 9 fois moindre,
on avait dénombré 130 000 trypanosomés. Les modifications répétées de
l’organisation de la lutte eurent des conséquences graves qui firent dire à
Lotte[53] : "la
méthode dégénère, les résultats s’amenuisent, malgré l’effort de quelques
médecins dont la foi a résisté à toutes ces traverses[...] En 1939, quand
survient la guerre, le fruit des efforts antérieurs est ruiné et la continuité
rompue. L’endémie règne partout, l’hémorragie occultée continue à saigner le
pays, mais au Gabon et au Moyen-Congo, la dépopulation a atteint un tel degré
que le génie épidémique ne peut plus désormais trouver un terrain propice à une
offensive de grand style".
On ne pouvait guère faire un bilan plus
catastrophique.
2-En 1945, se mit lentement
en place un nouveau Service des grandes endémies, hélas avec des moyens
insuffisants. Toutefois, les Services Généraux fédéraux d’Hygiène Mobile et de
Prophylaxie (SGMHP) permirent une
systématisation de la lutte contre les grandes maladies tropicales. 57
dispensaires de lutte contre la maladie du sommeil furent créés (XV secteurs en
1954, calqués sur les régions administratives). Malheureusement, en 1952, Lotte
pouvait encore écrire, "la trypanosomiase n’est éteinte nulle part et continue
sa mortelle saignée. Mais grâce aux moyens thérapeutiques nouveaux, la lutte est
entreprise partout avec une tenace énergie. Elle porte déjà ses fruits et dans
certaines régions de façon spectaculaire (couloir, Niari, Alima-Mossaka,
Nola)».
3- Malgré ces efforts
l’endémie se maintint insidieusement et, en 1956, au Congo, Maillot décrivait encore six
foyers historiques qui, malgré une lutte acharnée des services d’hygiène mobile,
persistaient. Ils sont à l’origine de flambées épidémiques que l’on constate
depuis 1968[54]. La raison de
leur persistance, maintenant expliquée est l’importance, inconnue à l’époque, du
formidable réservoir humain trypanotolérant, impossible à détecter sans méthode
biologique simple et fiable. Par ailleurs, on n’avait pas encore inventé les
pièges à mouches Tsé-tsé, élément capital de la lutte contre les vecteurs de la
maladie.
Ainsi, la maladie du sommeil
a survécu, autant par manque de moyens financiers et humains, jetés dans cette
bataille, que par ignorance médicale et thérapeutique et continuité
administrative.
Aujourd’hui, cette endémie
fait encore l’ objet d’ un programme spécial de lutte, financé par la
Coopération française.
2)- Des secteurs
oubliés
a) Les autres endémies : la maladie du sommeil accapara
l’essentiel des moyens du Service de prophylaxie des grandes endémies. Il fallut
attendre les années 35 pour que des vaccinations de masse soient effectuées mais
avec un succès limité. Ainsi la
peste, à Madagascar, dut sa régression, en partie au vaccin de Girard et Robic
mais surtout à une conséquence indirecte de la lutte contre les anophèles par
pulvérisation de DDT en 1953 qui détruisit les puces des rats. La variole ne fut
stabilisée en AOF qu’à partir de 1940 et éradiquée en
1977...
b) Une médecine du
travail misérable
La médecine coloniale eut
également peu d’effet sur l’hécatombe du Congo-Océan (13650 morts : entre 1924
et 1928, dans les plaines marécageuses de la Loémé, 26,6% de l’effectif disparut
chaque année : ainsi en 1925, on dénombra 2556 morts sur 8450
travailleurs). Le Service de santé s’en inquiéta, mais n’en tira aucune
conclusion. On parla de multiples facteurs intriqués. En 1928, le Service de santé fut toutefois
renforcé. Plusieurs médecins vinrent vivre sur les chantiers. On construisit des
infirmeries en dur. Les conditions de vie et de travail furent améliorées.
Cependant, dans la percée du Mayombe, la mortalité fut encore de 10% ! On en tira quelques
leçons : dans la construction du chemin de fer entre Ouagadougou et
Bobo-Dioulasso, on tint compte de la sécurité, on évita les déplacements de
masses d’homme et leur concentration[55].
c)
Une
distorsion dans les services de santé :
L’obsession de la maladie du
sommeil entraîna une distorsion dans les services de santé. Les régions où la
maladie ne sévissait pas furent oubliées, en particulier la région entre Sangha
et Oubangui.
d)
La Protection contre la mortalité
Maternelle et Infantile fut un phénomène très tardif en Afrique française.
Ici aussi, la différence
entre l’Afrique et Madagascar et l’Indochine est considérable
:
Les premières maternités
furent ouvertes en AEF en 1938 ! L' AOF, mieux lotie, compta en 1956, le même
nombre de sages-femmes (392) que Madagascar, pour une population trois fois et
demi plus nombreuse. La population européenne étant constituée, en Afrique, essentiellement d' hommes célibataires,
on n' accorda que peu d’intérêt à la mortalité infantile. Il fallut attendre la
vaccination contre la fièvre jaune (1932) pour que les femmes européennes
viennent en Afrique et qu ' apparaissent les premières maternités et les
premiers services de pédiatrie. Il en fut de même pour que des campagnes de
lutte contre les maladies vénériennes, principales causes de stérilité, soient
entreprises.[56] En 1937, l’AEF
comprenait, sur 209 formations sanitaires, seulement 15 maternités, 2 centres de
PMI contre 57 centres de lutte contre la maladie du
sommeil.
La lutte contre les grandes
endémies, la PMI, la médecine du travail, faute de moyens financiers, humains et
de matériel adéquat, ne furent pas suffisants pour redresser la courbe
démographique, malgré l’effort courageux des médecins du Corps de Santé des
colonies. L’ amélioration générale du sort des indigènes y contribua sans doute
d’ une manière plus efficace .
3- DE 1930 A 1954 :
DES CONDITIONS DE VIE PLUS FAVORABLES EXPLIQUENT LA TIMIDE REPRISE DE LA
DEMOGRAPHIE MAIS LE DESEQUIBRE DANS LA REPARTITION DE LA POPULATION DEVIENT
IRREVERSIBLE
1) Des conditions de vie plus
favorables
On constate à partir de 1930
une amélioration des conditions militaires, administratives et économiques des
populations indigènes.
En 1930, le commerce redevint
libre. Les sociétés concessionnaires disparurent et se transformèrent en
sociétés commerciales, minières ou de plantations, tout en conservant de vastes
terrains en toute propriété . Ainsi, dans le Nord-Congo, la Compagnie Forestière
Sangha-Oubangui se fit céder 2000 ha à Impfondo.
Le Plan Maginot, en 1931,
apporta des crédits supplémentaires et relança l' investissement.
Les recrutements pour les
grands chantiers se terminèrent (Congo-Océan en 1934). Le travail forcé, en
particulier pour la collecte du caoutchouc, fut aboli en 1937. Il fut toutefois
temporairement rétabli pendant la guerre.
En 1935, la pacification dans
le Nord est terminée. Les émeutes ba-lalis dans les années trente, à
Brazzaville, n' eurent pas de conséquences démographiques.
En 1937, la création des
sociétés de prévoyance favorisa le développement des cultures vivrières et mit
un frein aux grandes famines.
L' amélioration des
conditions de vie s' accéléra après la Seconde Guerre Mondiale. Le régime de l'
Indigénat fut supprimé. L' autochtone devint citoyen de l' Union puis de la
Communauté. La vie politique commença à s' exprimer en ville essentiellement à
travers la vie municipale[57]. A partir de
1955, Pointe-Noire et Brazzaville devinrent des communes de plein exercice.
Brazzaville, par sa fonction de capitale de la fédération joua un rôle
déterminant dans l' évolution de la décolonisation. Mais la compétition pour le
pouvoir avait commencé. Pour
Catherine Coquery-Vidrovitch, les émeutes de 1959 débordèrent le cadr e
municipal. Leur enjeu fut politique et national.
Le F.I.D.E.S. rompit avec l'
ancienne politique d' autonomie financière des colonies. Ses financements ne
modifièrent cependant pas l' inégale répartition des vocations économiques:
économie de prédation et de cultures extensives dans le Nord, développement d'
une industrie de transformation dans le Sud. Le chômage fit son apparition dans
les grandes villes.
La population du Moyen-Congo
passa de 1933 à 1955, de 532 000 à 698 000 habitants. En 1960, la population
s’élevait à 800 000 habitants[58].
2) Au Congo, la population
connaît une répartition déséquilibrée en faveur du Sud du pays, aux conséquences
notables sur la relation Pygmées/Bantous
A la veille de l’Indépendance
le déséquibre dans la répartition de la population était le même que celui constaté dans
les années vingt. Ainsi, en 1923, selon Catherine Coquery-Vidrovitch, les "
régions les plus denses étaient la zone attractive de Brazzaville, le Bakongo,
la Bouenza, et la Likouala-Mossaka. Les régions aujourd' hui désertées, pays
Batéké (sauf le Koukouya) et Moyenne-Sangha" étaient déjà, à cette époque, des
régions très peu peuplées. Il en était de même dans le Bas-Oubangui
(Ibenga-Motaba-Likouala) où la population passa entre 1900 et 1930 de 80 000 à
20 000 habitants suite aux excès du régime de la Compagnie forestière
Sangha-Oubangui et à la forte mortalité consécutive à la maladie du sommeil.
De nos jours, les régions aux
confins du Cameroun, du Gabon, du Congo et du Centrafrique restent"l’une des
zones les plus démunies et politiquement les plus fragiles du continent"[59].
En revanche, Brazzaville
connut au cours de la période coloniale une croissance spectaculaire. Celle-ci
continua après l’indépendance.
La ville comptait en 1911,
6300 habitants. Elle s’étirait déjà sur plusieurs kilomètres et était alors
partagée en trois quartiers : le Plateau, sur une légère éminence aérée et
salubre, où habitaient les Européens, la Plaine, quartier partiellement
transformé en potager par des Annamites et M’Pila, la zone commerciale et
pré-industrielle. Bacongo, premier quartier africain, fut construit dans les
années 20.
En 1933 la population de
Brazzaville était évaluée à 20 000 ; elle s’élevait à 50 000 en 1940, à 90
000 en 1952 et à 150 000 au moment de l' Indépendance.
Cette croissance déplaça le
centre démographique du pays de la côte vers le Stanley pool, à cinq cents
kilomètres de l' océan, dans une zone devenue un carrefour économique, politique
et culturel, vers lequel les différentes ethnies convergèrent, descendant le
fleuve ou remontant par le chemin de fer. Aux anciens habitants Ba-tékés et
Ba-Kongos s' associèrent les ethnies de la Cuvette, M'bochis et Kouyous, ceux de
la Bouenza voisine et même les Vilis de la côte. Ces populations s’installèrent
dans des quartiers différents : Bacongo, Poto-poto, M'pila, dans une
proximité dangeureuse.
La croissance urbaine de
Pointe-Noire (80 000 habitants en 1960) et des villages le long du CFCO augmenta
également mais dans une moindre mesure.
Ainsi le déséquilibre amorcé
durant la période précoloniale entre peuples razziés et peuples courtiers
s’était ainsi aggravé durant la période coloniale au profit des populations
Kongo.
Nous verrons dans la partie
II comment la très forte demande de main-d' œuvre (introduction de cultures de
rentes les dernières années de la colonisation), l’exode rural, la suppression
de l’esclavage, la maladie du sommeil, entraînant une pénurie humaine dans les
villages Grands Noirs du Nord-Congo, provoquèrent une accentuation de la
pression de ces derniers sur leurs "associés" Akas, exigeant d’eux prestations
agricoles ou domestiques.
Epargnés par la maladie du
sommeil qui, comme le montrent les études actuelles, se développe uniquement le
long des cours d’eau, près des villages, et n’atteint pas la forêt, n’étant pas
soumis à l’impôt, ni aux travaux forcés, les Pygmées furent cependant affectés
indirectement par les modifications de la démographie des Grands
Noirs.
4- SITUATION SANITAIRE DE L’ AEF DANS LES ANNEES PRECEDANT L'
INDEPENDANCE:
a)-La connaissance médicale
avait fait des progrès extraordinaires. On connaissait presque tous les
microbes (du paludisme, de la méningite, du choléra, de la tuberculose, de la
lèpre, de la peste...), les virus (de la fièvre jaune, de la variole, de la
grippe...), sévissant en Afrique intertropicale. On connaissait également leurs
vecteurs, leurs modes de contamination et, surtout un médicament (sulfamides,
pénicillines), un vaccin ou un sérum existent pour chaque agent pathogène. La
chirurgie, l’anesthésie et l' aseptie avait fait des progrès définitifs. Un
blanc ou un " évolué" pouvait donc vivre beaucoup plus confortablement et avec
moins de risques dans les capitales
Africaines. Des cliniques privées ou confessionnelles ouvraient dans les
différents territoires. La recherche et le diagnostic des maladies se faisaient
dans les laboratoires des Instituts Pasteur : à Brazzaville l’un deux
existait depuis 1909 et fonctionna jusqu’à sa destruction au cours de la guerre
civile de 1995.
b)-Les budgets avaient
augmenté mais restaient insuffisants : . En 1956 : le budget santé de l’AEF
était de 1,15 milliards de francs soit 7,88% du budget général, dont 300
millions versés par le FIDES pour l’AEF et le Cameroun (contre 1300 en AOF), à
titre de modernisation.
c)-Les médecins étaient
trop peu nombreux pour les tâches immenses à entreprendre : en 1956, en
A.E.F., il y avait 124 médecins européens (~1 médecin/37 000 habitants ! ) et 40
africains. Quelques années plus tard, en 1960, l' Assistance technique sanitaire
comprenait en AEF une soixantaine de médecins, exclusivement militaires et
représentait 9 à10% de l' assistance technique[60].
Un nombre aussi réduit de
médecins ne pouvaient absolument pas couvrir les besoins en soins de la
population indigène d’ autant qu’une grande partie de leur temps était consacrée
à soigner la colonie française, suffisamment nombreuse en AEF. Seul un petit
nombre d’entre eux encadrèrent les services de grandes endémies, sans beaucoup
de moyens. Ce déséquilibre entre médecins hospitaliers et de terrain persista
après l’ Indépendance : en 1990, sur 53 ATS, 4 seulement étaient affectés
aux Service des Grandes Endémies.
d)-Les gros hôpitaux
grevaient les maigres budgets :
Les formations sanitaires
comportaient 135 formations privées et 393 formations publiques, dont 70
maternités et 5 hôpitaux. Un grand programme de construction d’hôpitaux de
prestige fut mis en route, le nouvel Hôpital Général de Brazzaville consomma, à
lui seul, un cinquième des fonds alloués à la santé.
e)-La lutte contre les
grandes endémies
Nous avons vu l’échec relatif de la lutte
contre la maladie du sommeil.
Pour les autres endémies, le rapport de Lotte de
1952 signalait : " les
vaccinations désormais effectuées d' après les recensements (lesquels ?)
constituent non plus un filet percé mais un mur [...] l' inventaire de la lèpre
révèle des taux insoupçonnés ( 10% dans certains villages de l' Oubangui) et
montre que cette affection jusque-là négligée menace gravement le capital vital
déjà compromis du pays [...] la mise en place de l' appareil antipalustre est en
cours [...] Une étude démographique, enfin sérieuse, est entreprise qui nous
permettra dans quelques années de faire un pronostic précis sur le sort de l'
AEF".(Les premières enquêtes démographiques eurent lieu effectivement, dans la
région en 1960/6).
Richet, directeur du service de 1953 à
1955 intensifia la lutte contre la lèpre, grâce aux sulfones et selon la méthode
Jamot. Il lança également les premières tentatives de lutte contre l'
onchocercose au Tchad par épandage massif d' insecticides par hélicoptère.
Quant au Pian et aux
maladies vénériennes, le directeur du service de santé de la marine, le Dr
vaucel, estimait encore, en 1950, que les campagnes contre le pian étaient
inutiles. Les années suivantes, le service des grandes endémies firent reculer
le pian dans le Nord-Congo mais uniquement chez les Grands Noirs. Les différents
rapports montraient que là, où se trouvait le « babinga », l’endémie
se développait sur un mode majeur et que ces régions forestières " devraient
faire l’objet d’une action énergique dans les années à
venir".
"La vaste brousse", comme
disait Lapeyssonnie, "où l’homme dilué a besoin d’une attention particulière et
d’une médecine pas tout à fait comme les autres", semble, malgré ces barouds
d’honneur sortir très affaiblie de l’époque coloniale.
f)-Le souffle nouveau vint
de la création de l’OMS en 1948 marquant la volonté, de l’ensemble des
Etats, de s’attaquer aux principaux fléaux médicaux qui accablaient l’Humanité.
Il fut décidé que le Paludisme, la fièvre jaune, la variole, et le Pian devaient être
éradiqués. A partir de 1955, le nouveau Service national des grandes endémies
fût associé à l' OMS aux campagnes de masse contre le paludisme (le nombre de
cas chute de 80 000 en 1953 à 40 000 en 1955), la fièvre jaune (elle disparaît
des statistiques à la même époque), la variole et le Pian (90 000 cas en 1949).
Les campagnes mondiales de masse contre le Pian commencèrent en 1955. Nous avons
vu dans le premier chapitre l’ échec de ces campagnes en
Afrique.
Conclusion
Dans les années précédant l’
Indépendance, un schéma sanitaire déséquilibré est donc en place. Il
comprend :
-un réseau hospitalier de
prestige, axé sur les soins, urbain, ne profitant qu’ à une partie de la
population, comportant un hôpital militaire payant et réservé à certains ayants
droits.
-Ce réseau est animé par des
médecins coloniaux de grande qualité, mais trop peu nombreux, localisés dans les
villes, occupant longtemps la place des médecins
nationaux.
-des moyens matériels et
humains insuffisants, alloués à la lutte contre les grandes endémies. Le
caractère militaire de l’ organisation et l’implication, à partir de 1955, de
l’OMS n’ empêchèrent pas l’échec dans la lutte contre les principaux fléaux
(paludisme, pian, maladie du sommeil, lèpre,…)
-des budgets sanitaires
insuffisants au regard de la tâche à accomplir.
Si les connaissances
médicales ont fait des progrès extraordinaires, elles ne profitent qu’aux
habitants les plus aisés des capitales.
La recherche, axée sur l’ entomologie et la parasitologie,
néglige la santé publique et l’hygiène publique.
La révolution pasteurienne
n’a pas eu lieu en Afrique
La comparaison entre l'AEF
et le Congo belge voisin montre les
limites de nos prétentions sanitaires dans nos cendrillons africaines[61].
Ce schéma d’ organisation
sanitaire reproduit, enfin, celui de l’ aménagement du territoire : le Sud
du pays et la région de Brazzaville profitent au mieux des améliorations du
sytème de santé, la vaste brousse et en particulier le Nord du pays restent en
dehors des efforts de modernisation.
En matière sanitaire, l’héritage colonial
laisse donc deux modèles de pratique médicale :
-un modèle apprécié, celui d’
une médecine hospitalière, urbaine, réservée aux blancs et aux
« évolués », modèle puissant que les hommes politiques voudront
reproduire,
-un modèle rappelant de
mauvais souvenirs (chasse aux sommeilleux, déportation, travail forcé), celui d’
une médecine préventive, militaire, coercitive pour les habitants de la brousse,
que les responsables de la santé laisseront volontiers aux intervenants
extérieurs.
Ces modèles pèseront lourd dans la mise en place des
plans de santé, de 1960 à 1992 d’autant que la conception française en matière
d’aide sanitaire n’a pas beaucoup changé durant cette période.
C’est ce que montre le
chapitre suivant.
C-L'AIDE SANITAIRE FRANCAISE
AUJOURD’HUI
1)Evolution de l’aide
technique sanitaire de 1980 à 1990
Dans une étude réalisée en
1994, le Docteur JOSSERAN[62] analyse
l’évolution de l’assistance technique sanitaire française en Afrique dans les
pays du champ entre 1980 et 1990. Les conclusions de cette étude sont les
suivantes :
1-La coopération sanitaire
concerne surtout les capitales. Cette tendance s’accentue de 1980 à 1990. Elle
résulte :
- D’une augmentation de notre appui technique en personnel aux hôpitaux.
Ainsi en 1990, sur 754 ATS, 448 se trouvaient dans des formations hospitalières
se situant à 75% dans les capitales alors que le poucentage n’ était que de 68 %
en 1980.
(Si le nombre total des ATS
diminue dans les hôpitaux en 1990(448) par rapport à 1980 (568 personnes) cela
tient à la réduction du nombre de formations hospitalières
périphériques).
La tendance est de mettre en
service une équipe de 4 spécialistes en moyenne par hôpital et de doter les
grandes formations (Dakar, Abidjan, Douala, Libreville, Brazzaville) d’un
équipement plus étoffé.
- Présence plus importante
dans les ministères (53 à 60), dans les organisations inter-états (38 à 41),
dans les centres médico-sociaux (47 à 54), dans les instituts Pasteur (13 à 31)
et les laboratoires et centres de transfusions sanguines (4 à
5).
Les pôles d’intérêts se
déplacent de la périphérie vers les grands centres, du dispensaire vers
l’Institut ou l’organisation inter-état selon les besoins exprimés par les
services nationaux. Hier, la demande portait sur les généralistes et les
paramédicaux, aujourd’hui elle porte d’avantage sur les spécialistes des
disciplines hospitalières et de santé publique.
2-Rôle toujours essentiel des
médecins militaires :
Sur le plan du personnel, les
médecins militaires, qui représentaient en 1960 100% du personnel, ont été en
partie remplacés par des contractuels, des praticiens hospitaliers et des VSN.
Leur nombre était de 430 sur 588 médecins en 1980 et de 286 sur 502 médecins en
1986. Toutefois, dans la mesure où les VSN leur sont subordonnés et que les
contractuels dépendent d’un recrutement effectué par un médecin colonel, la
position des médecins militaires
dans l’organisation de l’ATS est toujours
prépondérante.
Ainsi, au Congo, en 1990 sur
52 ATS on comptait 20 contractuels, 5 fonctionnaires, 21 militaires et 7 VSL. 12
ATS étaient en poste au CHU et 4 médecins à la direction de la médecine
préventive.
3-un goût prononcé pour les
formations de prestige, en accord avec la classe politique
locale.
Selon Jean Pierre COT « plusieurs raisons expliquent
l’attachement aux réalisations médicales de prestige, l’absence d’intérêt pour
la prévention ou la couverture sanitaire des campagnes. La première est
politique. La bourgeoisie dominant entend d’abord se soigner elle-même dans des
conditions comparables à celles des nations industrielles avancées. Elle absorbe
l’essentielle des ressources à ses propres fins. Le pouvoir médical fait partie
du pouvoir politique. La seconde : mieux que d’autres monuments, un bel
hôpital est un hymne à la gloire de son promoteur. La troisième raison tient à
l’insuffisance de l’infrastructure administrative et médicale de base, à la
corruption généralisée et au trafic très fréquent des médicaments. Un minimum de
contrôle et d’organisation ne pourra être assuré, croit-on, que lorsque les
opérations seront centralisées, encadrées, pour éviter des déperditions »[63].
En permettant la construction
de l’hôpital de Brazzaville en 1988 et en participant à son fonctionnement, la
France a apporté son appui aux conceptions sanitaires de la classe
dirigeante.
4-participation renforcée aux
programmes verticaux, soit au niveau local (direction de la médecine
préventive), soit dans les organisme inter-Etat de lutte contre les Grandes
endémies et la recherche de niveau international.
Ainsi, en 1990, la
coopération sanitaire française était toujours dirigée par les médecins
militaires, essentiellement présente dans les hôpitaux des capitales et dans les
lieux de décision, locaux (ministères) ou inter-étatique et de compétence
(réseau des Instituts Pasteur).
2)-Aujourd’hui, la
coopération sanitaire représente moins de 2% de l’aide publique au
développement. Elle est concentrée sur quelques hôpitaux. Le pian ne fait pas
partie des programmes de lutte contre les grandes
endémies
La coopération sanitaire en
Afrique sub-saharienne représentait, en 1995, un tiers du FAC (1,112 milliards,
soit 0,37 milliards pour une aide publique à cette zone de 21milliards, soit
moins de 2%) auquel il fallait ajouter 10% de l’effort du Secrétariat à la
coopération en matière de bourse et de subvention à la
santé.
En 1996 l’assistance
technique en matière de santé comprenait 250 ATS dans 40 hôpitaux répartis dans
23 pays. Malheureusement, quelques hôpitaux regroupaient la majeure partie du
dispositif , tant pour des raisons historiques que pour répondre aux souhaits
des pays. Cette situation aurait du connaître une évolution dans les années à
venir en faveur de projets plus intégrés de santé publique et de santé urbaine[64].
En matière de lutte contre
les grandes endémies, les financements se concentraient toujours sur le
paludisme, la tuberculose et la maladie du sommeil.
En 1998, l’aide publique au
développement diminuait encore (35 milliards contre 42 milliards en 1995).
L’assistance technique sanitaire suivra-t-elle le même chemin ? C’est fort
probable.
Au Congo, la destruction des
infrastructures sanitaires de Brazzaville hypothèque lourdement le redéploiement
de l’aide sanitaire dans le reste du pays.
L’aide sanitaire française
n’est plus la seule déployée au Congo. Quels sont les programmes des différents
bailleurs de fonds intervenant dans la santé ? Prennent-ils le pian en
compte ?
Nous allons essayer de
répondre à ces deux questions dans le chapitre suivant.
II LES PROGRAMMES SANITAIRES
DES BAILLEURS INTERNATIONAUX NE PRENNENT PAS EN COMPTE LE
PIAN
Pour les bailleurs de fonds,
le droit à la santé est devenu un droit à recevoir des soins à un coût
abordable. Les programmes sanitaires pour mettre en œuvre ce droit répondent
ainsi, actuellement, à des critères d’efficience (rapport coût/efficacité du
traitement). Traiter le pian n’est pas rentable économiquement. Par ailleurs,
ces programmes correspondent à une vision biomédicale de la maladie, dominante
en Occident, même si, au sein de l’OMS[65], certains groupes
de travail abordent le problème des médecines traditionnelles et si la
Commission européenne étudie l’intérêt thérapeutique des médecines non
classiques.
A LE DROIT A LA SANTE, UN
DROIT PROGRAMMATOIRE AUX GARANTIES ILLUSOIRES
Si la santé est définie par
l’OMS de manière ambitieuse, le droit à la santé tel qu’il se présente dans les
instruments internationaux (DIDH, PIDESC, C.E, CADHP) est un droit
programmatoire dont l’Etat doit assumer la mise en oeuvre. La lutte contre les
endémies est stipulée formellement dans l’article 12 du PIDESC, seul instrument
contraignant et signé par le Congo.
1- définition de la
santé
-La santé est une aspiration
individuelle. La définition de l’OMS fait autorité dans la communauté
internationale. Pour cette Agence,
« la santé est un état complet de bien-être physique, mental
et social qui ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou
d’infirmité »
Enfin, les
mesures envisagées, qu’elles soient curatives ou préventives (accès aux services
de santé, promotion et prévention de la santé, sécurité sociale) font appel à
une vision ontologique, exogène et maléfique de la maladie[67]. Que celle-ci soit due à des causes
organiques ou aux conditions de vie, le mal est toujours l’autre. Les ruptures
d’équilibre entre l’homme et lui-même, l’homme et son milieu ou le cosmos ne
sont pas prises en compte. Ainsi, bien que les recherches sur l'immunité, le
rôle du milieu et les études d'anthropologie de la maladie se développent, la
lutte contre le pian est toujours conçue selon la vision biomédicale
dominante.Par ailleurs aucune réflexion n’est engagée sur la dimension sociale
du normal et du pathologique. La norme occidentale semble acquise.
B-LES PROGRAMMES
SANITAIRES PROPOSES PAR LES AGENCES
DE L’ONU POUR METTRE EN ŒUVRE LE DROIT A LA SANTE DANS LES PED
Un certain nombre d’Agences
rattachées au système des Nations Unies interviennent dans le domaine
sanitaire : OMS, UNICEF, PNUD et depuis 1990, la Banque Mondiale. La Banque
africaine de développement affecte également 8% de ses prêts à la santé.
Ces Agences ont conçu leur
stratégie sur un certain nombre de principes édictés pour la première fois, en
1978, à Alma-Ata et qui ont évolué depuis.
1-Finalité et évolution
des programmes sanitaires internationaux
1)Les grands principes
édictés à Alma-Ata
Depuis Alma-Ata, la santé est
considérée comme une condition du développement et les soins de santé primaires
(SSP), l’outil qui doit permettre d’atteindre un niveau acceptable de santé pour
tous.
-la santé condition du
développement : cette conception a été formulée en 1978 par la Déclaration
d’Alma-Ata : « La promotion et la protection de la santé des
peuples sont la condition sine qua non d’un progrès économique et social soutenu
en même temps qu’elles contribuent à une meilleure qualité de vie et à la paix
mondiale »(Point III). L’Assemblée générale de l’ONU reprenait dans la
résolution 34/58 la même idée : « l’Assemblée générale…consciente du
rôle essentiel de la santé et les soins de santé jouent dans le développement
des pays, en particulier des PED… ».
-les soins de santé primaires
sont les outils de la promotion et
de la protection de la santé. Ces derniers comportent des programmes minimum de
santé publique (dont la lutte contre les endémies locales) visant la
population tout entière et des schémas d’organisation des services cliniques
essentiels pour répondre à la demande des particuliers. La stratégie pour faire
accéder, d’ici l’an 2000, tous les habitants du monde, grâce aux SSP, à un
niveau de santé qui leur permet de mener une vie socialement et économiquement
productive a été formulée dans la Résolution WHA 32.30 de 1979 de
l’OMS.
-par ailleurs un
environnement favorable à la santé est nécessaire. Pour cela doivent participer
de nombreux secteurs socio-économiques autres que la
santé.
-Les gouvernements sont
responsables, ainsi que tous les
êtres humains pris individuellement ou collectivement (participation
communautaire) de la mise en place des SSP (Point VIII).
3) Le PNUD : la santé est intégrée dans les Indicateurs de
Développement Humain (IDH) et de Pauvreté Humaine (IPH). La santé est un des
éléments favorables à l'éradication de la pauvreté. La volonté politique des
Etats est nécessaire à l’éradication de la pauvreté.
Le PNUD a défini et construit
des indicateurs qui permettent de quantifier les différences de développement
humain (IDH) ou de pauvreté (IPH), non seulement entre pays, mais également
entre communautés d’un même pays. Ces indicateurs pourraient-ils être calculés
pour les populations pygmées ?
Pourraient-ils rendre un
programme de lutte contre le pian éligible aux financement du
PNUD ?
Le Congo a-t-il la volonté
politique d’éradiquer le pian ?
a)L’IDH et l’IPH des
Pygmées :
L’Union européenne est le
principal donateur multilatéral après la Banque mondiale.
Plus de 55% de l’aide allouée
entre 1990 et 1995 l’ont été aux pays d’Afrique sub-saharienne, mais cette part
est en baisse. C’est essentiellement à travers le Fond Européen de Développement
(FED) que ces fonds sont versés, dans le cadre de la Convention de Lomé.
L’actuelle Convention – Lomé IV- couvre la période 1990-2000[85]. Elle a pour
objet de garantir aux 70 Etats ACP une assistance stable et programmée dans le
temps. L’assistance au secteur santé en représente une part non négligeable. Les
engagements dans ce secteur
représentaient un demi-milliard d’écus, c.a.d. 7% du 7ème FED,
faisant de l’UE un des premiers partenaire des PED dans le domaine de la
santé.
Les appuis de l’UE ont
longtemps été centrés sur le développement des infrastructures hospitalières et
périphériques et la fourniture d’équipements et de matériels. Depuis 1990 une
approche plus globale a été mise en œuvre dont les principes et les objectifs
rappellent étonnamment ceux de la Banque Mondiale :
[Principes : la
coopération doit contribuer à la recherche d’une meilleure équité, d’une plus
grande justice sociale, et à rendre possible l’expression d’un droit individuel
et collectif à une meilleure santé.
La coopération n’a pas à se
substituer aux efforts nationaux, n’entend pas répondre à tous les problèmes et
à tous les besoins mais vise à aider les pays à satisfaire les besoins les plus
fondamentaux, particulièrement ceux des groupes les plus
vulnérables.
Il n’y a pas de modèle
universel d’organisation des systèmes de santé ou de leur différentes
composantes. Les spécificités comme les volontés nationales doivent être
respectées.
Les objectifs
généraux : créer un environnement favorable à la santé. Assurer les
besoins fondamentaux.
Les objectifs
intermédiaires : meilleure prise en compte de la dimension santé dans
les programmes d’ajustement structurels. Corriger les déséquilibres structurels
des systèmes de soins et renforcer les services de base. Renforcer les capacités
du niveau central, appuyer la décentralisation, favoriser le partage entre les
secteurs public, privé.
Aider à la programmation et à
la gestion des budgets publics et des interventions, notamment celles visant
l’approvisionnement en médicaments][86].
L’U.E oriente également son
action vers des appuis aux petits projets de développement. Ce soutien se
traduit par des contributions du FED à des microprojets présentés au niveau
local, et par une ligne budgétaire annuelle de la Commission destinée à financer
les projets des ONG. Cette ligne peut être une source de financements non
négligeable pour des projets de santé orientés en priorité sur le développement
d’infrastructures sociales (écoles, maternités, dispensaires)[87].
L’U.E s’intéresse également
aux peuples autochtones. Nous verrons dans la Partie III les bénéfices que
peuvent en attendre les Pygmées.
La lutte contre le pian
peut-elle être éligible à ces financements ? Qui présentera, au niveau
local, le micro-projet à la Représentation de l’U.E à Brazzaville ?Le
Ministère de la santé congolais, une association de Pygmées, une ONG du
« Nord » ? Par ailleurs, comme pour les Agences de l’ONU, tout
projet devra recevoir l’avis favorable des autorités
congolaises.
D- POSITION DES USA, DE L’ALLEMAGNE, DU
CANADA
1-L’Allemagne :
favorable aux SSP. La lutte contre le pian peut faire l’objet de micro-projets.
L’aide sanitaire est conçue dans un contexte global de promotion des droits de
l’homme et de développement économique.
L’aide allemande aux PEVD
passe par un soutien à la
protection des droits civils et politiques et le renforcement des
institutions et des comportements démocratiques.En matière d’aide sanitaire et
de protection de l’environnement, elle suit les recommandations de la Banque
mondiale.
Le système de coopération
allemand comporte un ministère politique, le ministère fédéral de la coopération
économique, et deux séries d' agences[88].:
-une série liée à la
coopération financière et économique, le KFW et la DEG
-une série liée à la
coopération technique: la GTZ, la DSE, la société Carl Duisbreg, le
DED.
La GTZ (société de
coopération technique ) est l 'agence essentielle de la coopération. Elle assure
l 'étude, l’exécution, la gestion des projets de coopération technique, soit
actuellement environ 700 projets dans 100 pays. C'est une entreprise nationale à
actionnaire unique qui fait travailler 3000 personnes en comptant les
coopérants.
*Sur le plan de l’aide
sanitaire : la GTZ est favorable aux SSP et aux financement de
micro-projets ruraux ayant un volet santé :
-La GTZ a collaboré à la
Commission ad hoc chargé, en 1992, d’analyser le système de santé
congolais.
-La GTZ a financé une petite
partie de la lutte contre le pian entreprise par l’association TMC, chez les Pygmées du Nord-Congo. Cette
aide entrait dans le cadre de l’appui de la GTZ aux micro-projets ruraux et
n’était pas renouvelable.
* droits de l’homme et
développement économique sont indissociables :
En 1993,lors de la Conférence
de Vienne, Carl-Dietrich Spranger, Ministre de la coopération allemande
constatait : « il est fondé de dire que la démocratie et la défense
des droits de l’homme d’une part , et le développement économique d’autre part,
se renforcent mutuellement » [89]. Cette prise de
position idéologique voulait marquer une rupture avec le modèle de coopération
des années 80 fondée sur le mercantilisme et un vague humanisme.
-Un « index
politique » fut ainsi défini par la BMZ pour cibler la coopération et
évaluer les partenaires. (l’utilisation de l’aide comme moyen de pression fut
envisagée). Les axes spécifiques de la coopération allemande, mis en œuvre par
cet organisme, furent la protection des droits civiques et politiques, et sur le
plan social, le renforcement des institutions et des comportements
démocratiques. [Ceci impliquait, d’une part le soutien à la tenue
d'élections pluralistes, mais
l'absence ou la quasi absence d' une société civile indépendante, contrepoids de
l’Etat, entraînait la nécessité du renforcement des groupes intermédiaires (ces
organisations du Sud sont d’ailleurs les partenaires privilégiés des fondations
politiques , des Eglises , ...)et, au niveau des médias, le soutien du
pluralisme radiophonique, de la liberté de la presse..., d’autre part, la
transformation de l’Etat africain (le modèle proposé était le modèle
socio-économique allemand posant l'Etat comme garant et non comme ennemi du bon
fonctionnement du marché et véritable acteur social et protecteur de
l’environnement)].
- La coopération allemande
s’intéressa également à la limitation des dépenses militaires (le BMZ,
parallèlement à l’"index politique", décida de soutenir l'élaboration d'un
logiciel recensant les dépenses militaires des pays du sud).
Les principales critiques
vinrent des acteurs civils de la coopération allemande qui constatèrent que la sélection des partenaires était
biaisée par les pratiques administratives et les lobbies financiers et que persistaient en fait les pratiques
"réalistes" privilégiant l'économique.
Pour ces acteurs, la
construction d’une "Afrique utile", but ancien de l’Allemagne qui recherche et
favorise depuis toujours des partenaires commerciaux et politiques solides " est
toujours d’actualité. La politique du BMZ reste subordonnée aux diktats d’autres
intérêts que ceux relatifs au développement".(Erdmann).
Dans ce contexte, une
meilleure intégration des Pygmées
au processus politique serait indispensable à un développement économique et
sanitaire de ces communautés. Peuvent-elles faire l’objet d' un programme d’aide
de la coopération allemande?
Nous ne pouvons répondre
actuellement à cette question.
2- La position des Etats-Unis : soutien aux SSP selon les
recommandations de la Banque Mondiale via l’USAID. Pas de programme d’aide
sanitaire en Afrique centrale où l’aide est centrée sur la protection de la
forêt et de sa faune.
Depuis quelques années, les
Américains montrent un intérêt nouveau pour l’Afrique[90]. Ceci n’a
toutefois pas entraîné une augmentation de l’aide publique à ce continent. La
philosophie dominante du gouvernement américain pouvant toujours se résumer à la
vieille formule : « trade, no aid ».
Cette aide publique est dans
les mains de l’USAID. Elle est faible est concentrée sur quelques
pays
La volonté de prendre en
charge le "fardeau de l'homme blanc" avec comme seul levier le recours au
secteur privé (essentiellemnt les Eglises protestantes) explique le montant très
faible d'aide publique face aux besoins et aux crédits accordés par la France et
l'Union Européenne. Cette aide publique est dans les mains des grandes agences
fédérales, comme l' USAID[91] dont le budget
représente seulement 0.OO12% du budget fédéral, soit moins d’un penny par jour
et par Américain. L’USAID intervient en Afrique dans plusieurs domaines. Ainsi
a-t-elle, en 1998, investi 207 millions de $ pour promouvoir la croissance
économique, 75 pour développer la démocratie, 68 pour l’éducation, 81 pour
préserver l’environnement, 266 pour améliorer la santé et le planning
familial, 291 pour l’aide humanitaire. Elle intervient également pour
renforcer le rôle de la femme africaine dans le développement, aider
l’agriculture et favoriser l’accès à internet.
Une aide sanitaire favorisant
des SSP spécifiques
La politique sanitaire
financée par l’USAID est la même que celle de l’UNICEF et de la Banque
Mondiale : l’effort porte sur les enfants de moins de cinq ans et les
femmes en âge de procréer ( nutrition, vaccinations, prévention du Sida).L’USAID
est favorable au partage des frais, à l’assurance du risque, à des mesures en
faveur des pauvres. Toutefois, l’USAID n’intervient pas aujourd’hui, en Afrique
centrale, dans le domaine de la santé.
3-La position canadienne
Elle ne présente aucune
originalité par rapport aux grandes agences internationales. Nous donnons ici
les principales agences de la coopération canadienne présentes en
Afrique.
La coopération canadienne
dépend du ministère des affaires étrangères. Le ministère des finances a une
responsabilité politique et opérationnelle sur les questions financières
internationales.
Le ministère des affaires
étrangères détermine les priorités géographiques. Il coiffe une série d’agences:
ACDI ,CRDI ,PCAI,CIRO.[92]
Conclusion de la Partie
I
Malgré les campagnes de
traitement des années 1960, le pian est toujours présent chez les Pygmées du
Nord- Congo.
Dans cette partie nous avons
vu les raisons environnementales, médicales, sanitaires (conceptuelles et
techniques) et financières de l’échec de la lutte contre cette
endémie :
-La difficulté des campagnes
de masse dans la forêt équatoriale et les inconnues épidémiologiques, cliniques
et thérapeutiques qui persistent quant à l’endémie
pianique.
-La reproduction, par le
système de santé du modèle colonial favorisant une médecine curative et
hospitalière pour les populations urbaines (essentiellement de Brazzaville) aux
dépens de la santé publique et en zones rurales, la lutte uniquement contre les endémies
ayant une incidence économique (essentiellement la maladie du
sommeil).
- Depuis les années 1990, le
choix des bailleurs de fonds, derrière la Banque mondiale, de ne financer que
des soins de santé primaires
spécifiques (excluant les endémies locales), centrés autour de la mère et
de l’enfant, et, de ne s’attaquer aux maladies que dans la mesure où leur
traitement à une efficience économique.
Dans ce contexte, le pian ,
maladie n’atteignant que des populations rurales, marginalisées dans des régions
difficiles d’accès, n’est pas
éligible aux financements de ces organismes.
La Commission chargée
d’analyser les raisons du dysfonctionnements du système de santé congolais a
bien mis en évidence, d’une part, le déséquilibre dans l’affectation des crédits
entre les hôpitaux et à la santé publique, et, d’autre part, le déséquilibre du
schéma d’organisation sanitaire territorial au profit de
Brazzaville.
Elle n’a pas toutefois
recherché les raisons du manque de volonté politique pour inverser ces rapports
de forces. Elle ne s’est pas inquiétée non plus de la persistance, chez les
mères et les enfants d’une communauté infra-nationale, les Pygmées, d’une
endémie réputée disparue, le pian, bien que sa prévalence soit équivalente à
celle de la tuberculose, de la lèpre ou de la maladie du
sommeil.
Nous allons essayer de
montrer, dans la Partie II, que les raisons de cette absence de
volonté politique de modifier le schéma d’organisation sanitaire sont
inscrites dans la longue durée historique et que cette organisation
déséquilibrée n’est qu’un élément de l’inexorable marginalisation du
Nord-Congo.
Par ailleurs, l’indifférence
de la Commission au sort des Pygmées traduit également un rapport de forces
entre les Grands Noirs et les Pygmées peu favorable à ces derniers. La
persistance quasi-exclusive du pian dans cette communauté est le témoin de
l’absence de soins de santé primaires, base du droit à la santé, conséquence,
nous le verrons, d’un isolement social de ces populations.
[1] Source : Banque
Mondiale, 1994 ; CIA, 1995.
[2] Source : Projet de Plan
national de développement sanitaire, Conseil supérieur de la République
congolaise, 1992
[3] LOUIS F.J., RINGWALD P.,
MIGLIANI R., LE HESRAN J.Y., MVOGO MINKALAT T., MANSOUR M., BODO J.-M., MAUCLERE
P., ROUET F., FOUMANE V., GIMOUM M.-M., LOUIS-LUTINIER D., Etude de cinq
indicateurs de santé en zone de forêt tropicale sempervirente du Sud Cameroun,
Bull.liais.doc.-OCEAC Vol.27 N°3 Septembre1994
[4] HEYMER A., Sédentarisation,
acculturation et maladies infectieuses, un problème socio-écologique des Pygmées
bayakas, Bull. Soc.Path.Ex ;, 78,1985, 226-238.
[5] SARRADON A. et A., op. cit.
[6] BAQUILLON G, op ;
cit .
[7]
NDUMBE PM, ACHOU G., BIWOLE M., LOBE V., AYUK-TAKEM J., Infections among Pygmées
in the Eastern province of Cameroon, Medical Microbiologie § Immunologie.
182(6) :281-4, 1993
Dec .
Sur 141 adultes examinés, les
auteurs trouvèrent :14,2% HBsAg positif ; anti-HBs : 93,6% ;
anti-HCV :7,9% ; anticorps anti-rougeoleux :99,3% ;
anticorps de la syphilis :13,4% ; anti-HTVL-1 : 10,9% ;
anti-HIV-1 :0,7%.
[8] LOUIS F.J., GARCIA-CALLEJA
J.M., ZEKENG L., ROUET F., LOUIS J.P., SALLA R. , HIV seroprevalence among
Bantous and Pygmies in South Cameroon : a comparaison study a four years
interval (1990-1993), Bull.liais.doc.-OCEAC Vol.26 N°2
Juin1993.
SARRADON A., op.cit .
[9] LOUIS F.J., RINGWALD P.,
MIGLIANI R., LE HESRAN J.Y., MVOGO MINKALAT T., MANSOUR M., BODO J.-M., MAUCLERE
P., ROUET F., FOUMANE V., GIMOUM M.-M., LOUIS-LUTINIER D., op.cit .
[10]
BAQUILLON G., SCANDELLA B., TESTA J., DESFONTAINES M., ANDRE J., LIMBASSA J. ,
Leprosy survey conducted in the Central African Republic from 1982 to 1985 among
Ba-Benzele Pygmies, Acta Leprol
(Switzerland), 1992, 8(2)p71-8.
[11]
Ces études ont été réalisées par Gonzalès JP et al, 1987, Lancet, i, june
27th ; Georges AJ et al., 1989, Arch of AIDS res., 97-101 ;
Noordhoek GT ; VAN Embden JD,Yaws, an endemic treponematosis reconsidered
in the HIV era (editorial), Eue J Clin Microbiol Infect (Germany), Jan 1991,
10(1) p4-5 ; Mouliat-Pelat JP et al., Med. Af. Noire, 1992, 39,
140-141.
[12] GARCIA-CALLEMA JM, et al.,
1992, Trans.Royal Soc. Trop.Med.Hyg., 86 ? 435-437 ; LOUIS JP et al.,
1992, Ann.Soc. belge Med. Trop., 72,233-235 ; LOUIS JP. et al.,1992,
Bull.liais. Doc.OCEAC, 26, n°1 :7-9 ;TREBUCQ Aet al., 1992,
Bull.liais.Doc.OCEAC, n°99 :27-30.
[13] LOUIS J.P., op. cit.
[14]
Kowo MP ; Goubau P ; Ndam EC ; Njoya O ; Sasaki S ;
Seghers V ; Kesteloot H, « Prevalence of hepatitis C virus and
other blood-borne diruses in Pygmies and neighbouring Bantus in southern
Cameron », Trans R Soc Trop Med Hyg (England), Sep-Oct 1995, 89(5)
p484-6
Pour ces auteurs
l’augmentation avec l’âge serait un argument en faveur d’une transmission
sexuelle du virus. Le pic de prévalence, à
40 ans, suivi d’un plateau, plaiderait pour une épidémie
ancienne.
[15] -Goubau P ; De Lange
GG ; Vandamme AM ; Desmyter J, « HTLV-II seroprevalence in
Pygmies accross Africa since 1970 », AIDS Res Hum Retroviruses (United
States) ; Aug 1993, 9(8) p709-13
-Goubau P ; Vandamme
A ; Beuselinck K . ; Desmyter J, « Proviral HTLV-I and
HTLV-II in the Efe pygmies of northeastern Zaire (letter) », J Acquir
Immune Defic Syndr Hum Retrovirol (United States), Jun 1 1996, 12(2)
p208-9
-Froment
A ; Delaporte E ; Dazza MC ; Larouze B, « HTLV-II among
Pygmies from Cameron (letter) », AIDS Res Hum Retroviruses(United States),
Aug 1993, 9(8) p707
-Gessein
A ; Herve V ; Jeannael D ; Garin B ; Mathiot C ; de-The
G, « HTLV-1 but not HTLV-2 found in Pygmies from Central African
Republic (letter ; comment) », J Acquir Immune Defic Syndr (United
States), Dec 1993, 6(12) p1373-4
-Chen
J ; Zekeng L ; Ymashita M ; Takehisa J ; Miura T ; Ido
E ; Mboudjeka I ; Tsague JM ; Hayami M ; Kaptue
L, « HTLV type I isolated a Pygmy in Cameroon is related to but
distinct from the know central African type », AIDS Res Hum Retroviruses
(United States), Dec 1995, 11(12) p1529-31
[16] LOUIS J.P., op. cit.
[17]
Tronick EZ ; Winn SA, « The neurobehavioral organization of Efe
(pygmies) infants », J Dev Behav Pediatr (United States), Dec 1992, 13(6)
p421-4
Bailey
RC, « The comparative growth of Efe pygmies and African farmers from birth
to age 5 years », Ann Hum Biol (England), Mar-Apr 1991, 18(2)
p113-20
[18]Le document, élaboré par la
commission entre novembre 1991 et février 1992, comprend VII parties: I La
situation sanitaire et sociale actuelle, II Les principaux acquis et les
contraintes, III Les problèmes que le plan peut résoudre, IV Les objectifs du
plan d' action,V La stratégie, VI Le coût du plan d' action, VII Des
recommandations. Les quatre dernières parties ne font que reprendre les
conceptions des agences internationales.
[19] Le Conseil supérieur de la
République délibère et adopte : le Président de la République promulgue la
loi dont la teneur suit :
Article 1 : Il est
institué un Plan national de développement sanitaire
Article 2 : Le Plan
national de développement sanitaire vise à :
Améliorer l’état de santé de
la population par le renforcement du système de santé des districts
sanitaires ;
Développer la couverture
sanitaire nationale en vue de fournir à la population des soins de santé
primaires de qualité avec leur entière
participation ;
Renforcer la capacité
nationale à la gestion du système de santé.
Article 3 : le
renforcement de ce plan sera assuré entre autres
par :
L’Etat
congolais
La
population
Les organismes de coopération
bilatérales et multilatérales
Les organismes non
gouvernementaux
Article 4 : Des décrets
pris en Conseil des Ministres détermineront les modalités d’application de ce
plan national de développement.
Article 5 :La présente
loi sera enregistrée, publiée au journal Officiel de la République du Congo et
exécutée comme loi de l ‘Etat. Signé : Général d’armée Denis
Sassou-Nguesso[19].
[20] Louis J.P, Tsongo B.,
Josseran R., Foulon G., Analyse du financement du sytème de santé au Congo,
Bull.liais.doc.-OCEAC Vol 27N°1 mars 1994.
[21] Congo-HNP Sector projet,
Banque Mondiale, http://www.worldbank.org/
[22] Pour une meilleure santé en
Afrique, Banque mondiale, 1994.
[23] Un infirmier diplomé d’Etat,
chef du CSI; un agent technique de santé; un travailleur social ; une
secrétaire d’administration.
[24]-Le paludisme: Cette
maladie était connue depuis les Assyriens. Elle fut jusqu' à une époque récente
un véritable problème de santé publique pour les pays riverains de la
Méditérranée (les hôpitaux de Montpellier avait, jusqu' en 1900, des salles de
paludéens). Si l' hématozoaire de la malaria ne fut découvert qu' en 1880 par
Laveran et l' anophèle, en 1898, par Grassi, on utilisait en Europe,depuis 1643, indistinctement
contre toutes les " fièvres", la poudre des jésuites extraite de l' écorce de cinchona. En 1820 Pelletier et Caventou
isolèrent la quinine qui permit, dès 1830, de protéger du paludisme les armées
qui firent la conquète de l' Algérie. A partir de cette date la quininisation
des troupes est constante ( sauf lors de la conquête de Madagascar où la
mortalité par paludisme fut effroyable). Pour atténuer le goût amer de la
quinine, les anglais la mélangèrent à l' orange amère: l' India tonic était né.
La malaria limita l' expansion
coloniale européenne à l' Afrique du Nord et à l' Afrique australe et empêcha la constitution de colonies de
peuplement dans le reste de l' Afrique
-La variole était
connue de tous. Selon Lapeysonnie, elle aurait été responsable, au XVIIIème
siècle, de la mort de 60 millions d' Européens! Pour protéger leur cargaison de
ce fléau, les Portugais pratiquaient depuis 1803, la variolisation des esclaves
selon la méthode de Jenner . Cette maladie était également banale en Afrique,
depuis toujours, comme en témoignent les cicatrices visibles sur les momies d'
Egypte. D' importantes épidémies de variole frappèrent l' Afrique
centro-occidentale dans la seconde moitié du XIXème siècle: la ville de Luanda perdit le tiers de
ses habitants en 1864-1865. Dix ans plus tard une nouvelle épidémie survint,
tuant à nouveau le tiers de la population de la ville, obligeant le roi du Kongo à implorer l' aide du
Portugal.
-la lèpre est
également connue depuis l' antiquité. Bien que le bacille de la lèpre fût décrit
en 1871 par Hansen et que les sulfones soient fabriquées depuis 1937, cette
affection est encore endémique aujourd' hui, chez les Pygmées du
nord-Congo
- La trypanosomiase,
sous sa forme ganglionaire ou sommeilleuse, faisait récuser, par les négriers
qui avaient constaté une mortalité rapide chez les esclaves qui en étaient
affectés. Bruce décrivit les trypanosomes en 1903.
-Le
Pian :
Castellini décrit l' agent du Pian, treponèma pertenue, en
1905.
[25] A titre d’ exemple, les
Anglais aux Indes pratiquaient depuis toujours une séparation entre médecine
pour colons et médecine pour indigènes. Les Anglais avaient construit dans ce
pays, dès la fin du XVIIIème siècle, à côté des hôpitaux pour Britanniques, des
hôpitaux pour indigènes. On en comptait 12 vers 1840. Une école de médecine
occidentale pour les Indiens fut ouverte à Calcutta en 1822, puis des collèges
médicaux pour Indiens furent créés en 1835 à Calcutta, en 1848 à Bombay et en
1852 à Madras. Les diplômés de ces collèges soignaient leurs compatriotes,
tandis que les Européens étaient soignés par les praticiens britanniques de
l'India Médical Service. Dans les autres territoires de l'empire britannique, le
développement de l'enseignement supérieur permit aussi la formation des médecins
indigènes qui purent bénéficier de l'ouverture des universités métropolitaines
ou américaines. L'apartheid médical était toutefois habituel. Guillaume P.,
Le monde colonial, Armand Collin, 1994, p.189.
[26] A partir de 1926, les
médecins de l' Ecole de santé militaire de Lyon se joignirent aux marins. Le
corps de santé avait à sa tête, à Paris, un médecin général inspecteur, à Dakar
et à Brazzaville, des médecins
généraux directeurs et, dans chaque colonie, un médecin colonel directeur, dont
dépendait le reste du personnel.
Le personnel indigène : contrairement à
l' Indochine , à l' Algérie et à Madagascar, on ne forma , en Afrique noire, que des
officiers de santé indigènes, "les médecins africains", à l' Ecole de Santé,
annexée, à partir de 1918, à l' Ecole William Ponty de Dakar.
L' Institut Pasteur et l' hôpital de
Brazzaville formèrent les premiers infirmiers dans les années 1920 pour le
premier, et 1930 pour le second.. Nombre de leaders politiques de la première
génération, furent d' anciens infirmiers du fait de l' absence de formation
scolaire.
[27] Ainsi sur 100 médecins de
marine en poste outre-mer en 1867, vingt se trouvaient au Sénégal, 26 en
Cochinchine et 46 dans les actuels DOM-TOM.
En 1877, il existait 23
hôpitaux et camps de repos de la marine Outre-mer: Saint-Louis et Gorée au
Sénégal ; pour l' Afrique Centrale, un hôpital flottant, La Caravane, en face des rives du
Gabon ; six hôpitaux en Cochinchine. Tous les autres étaient dans les
actuels DOM-TOM.
[28] En 1920, 45 médecins
militaires en AOF pour 12millions d' habitants (1/260 000), auxquels s'
ajoutaient 54 auxiliaires, d' où un effectif global de 1/120
000.
En 1938, 165 médecins
militaires en AOF pour 14 millions (1/84 000) auxquels s' ajoutent 286 médecins
auxiliaires, d' où un effectif de 1/31 000 habitants.
En 1956,154 médecins
militaires en AOF pour 18,5 millions d' habitants (1/120 000), auxquels s'
ajoutent 389 auxiliaires, d' où un effectif de 1/48 000. La situation s' est
dégradée !
[29] En 1938, en A.E.F. :82
médecins militaires, pas un seul médecin africain,
En 1956, leur nombre avait peu
progressé : 124 médecins., soit 1médecin pour 37 000 habitants, auxquels
s’ajoutèrent 40 médecins locaux. Ces médecins étaient essentiellement dans les
capitales de l’A.E.F.
A la même date, le Cameroun
compte 74 médecins militaires et 59 médecins locaux.
[30]On aura ainsi une
stratification des pays selon l' effectif médical, l' importance des hôpitaux et
la présence d' une école de médecine. Madagascar eut son école de médecine en
1896 et son Institut Pasteur en 1900. En Indochine, Yersin fonda l' Institut
pasteur de Nha-Trang en 1894. En revanche, au Sénégal, l' école d' officier de
santé de Dakar, la seule d' Afrique noire, n' ouvrit qu' en 1918.
[31] Dans les années 1950,
Madagascar, comme l' Indochine,comptait un médecin pour 10 000 habitants, contre
1/40 000 en AEF, médecins européens et autochtones confondus. A titre de
comparaison, la France comptait déjà en 1850, un docteur en médecine ou officier
de santé pour 1500 habitants.
[32]Lapeyssonnie, La médecine
coloniale, Seghers, 1988, p 87.
[33]Laveran est l' auteur d' un
"Traité d' hygiène militaire"qui joua un rôle important dans l' amélioration de
l' alimentation, de l' hygiène corporelle et dans la vaccination des
conscrits.
[34]Capucins au Sénégal,
congrégation du Saint-Esprit au royaume de Loango, Société des missions
africaines de Lyon sur la côte des esclaves, pères blancs du cardinal de
Lavigerie, pères de Saint-vincent de Paul et jésuites à Madagascar, pères des
missions étrangères en Cochinchine et en Chine
[35]Quelques exemples sont
éloquents: Conquête de Dahomey: 100 morts au feu, 220 par les fièvres. Conquête
de Madagascar: sur 5756 morts, 3417 morts des fièvres, dont 72% de paludisme.
Conquête de la Cochinchine: 3948 morts de maladie. Conquête du Tonkin: pour l'
année1884: 82 morts au combats, 375 morts du choléra,
etc…
[36]Croissance de la population
de l' AEF:
De 1925 à 1935: 0,8% soit
0,08% par an
De 1935 à 1948: 1,8% soit
0,14% par an
De 1948 à 1954: 3,8% soit
0,63% par an
[37]Chiffres à comparer à ceux de
l' A.E.F.: 4,3 millions en 1925, idem en 1935, 4,4 en 1948, 4, 5- millions en
1955
[38]Ces fléaux constituent une
triade maléfique: famines (recul des
cultures vivrières au profit des cultures d’exportation, pauvreté des sols,
techniques agricoles archaïques, éléments aggravés après la colonisation par
l’explosion démographique), épidémies
(importées et propres à l’Afrique), guerres (ethniques, répression,
coercition, à savoir : déportations et recrutements forcés pour les cultures, le
portage, les mines, les grands travaux, les guerres
européennes).
[39]Cette catastrophe
démographique doit être prise avec beaucoup de circonspection. En effet, la
question de la démographie africaine est une question formidablement difficile.
Pour Catherine Coquery-Vidrovitch, depuis les années 20, les séries annuelles
existent mais elles sont sujettes à caution : les administrateurs coloniaux
procédaient à l’estime, les indigènes s’efforçaient d’échapper par tous les
moyens aux mailles du filet, les registres paroissiaux ne concernent qu’une
partie de la population, les registres d’état civil restent peu fiables... Il
faut attendre les années 54/66 pour que des enquêtes démographiques aient lieu
dans les pays africains francophones. Elles furent suivies de recensements dans
presque tous les pays africains entre 1972/1984. Il y eut ensuite l’enquête
mondiale sur la fécondité (1973/1982), puis les enquêtes démographiques et de
santé (depuis 1985). Pour en savoir plus, voir, Gendreau F., La population de
l’Afrique, Manuel de démographie,
Karthala, 1993.
[40]Voir
annexe.
[41]Sautter G., De
l’Atlantique au fleuve Congo. Une géographie du sous-peuplement, Paris,
Moutton, 1966, p. 624.
[42] La forme ouest-africaine de
la maladie du sommeil, contrairement à la forme présente en Afrique de l’Est, ne
comporte pas de réservoir animal, mais se propage par les mouvements de
population. Elle suivit ainsi la pénétration européenne, les colonnes de porteurs, les
déplacements massifs de main-d'oeuvre. En 1917, le gouverneur général Angoulvant
écrivait au Ministre des Colonies : "La maladie du sommeil a suivi le chemin de
notre colonisation, il est écrit partout que nos tirailleurs, nos porteurs, nos
boys l’ont disséminée. [...] Nous avons été le principal agent de propagation,
[...] ces faits créent une obligation spéciale vis-à-vis de ces
malades».
Gov-Gen. , AEF, Ministère des
colonies, 22/9/1917, ANSOMA A.P.3250.
[43]Sautter G, op.cit., p
968.
[44]in
Coquery-Vidrovitch C., op.cit.,
p.497.
[45] Gendreau F., La
population de l’Afrique, Khathala, 1993, p.391.
Selon Francis Gendreau, la
population de l’Afrique était, au XVIIème siècle, équivalente à celle de l’
Europe plus la Russie. Du fait de la traite, elle ne représentait plus en 1850
que 35% de l’ Europe plus la Russie et 20% de la population mondiale. En 1950,
les pourcentages étaient quasiment inchangés (39% et 9%). L’amélioration se
situe après l’indépendance puisqu’il est prévu, en l’ an 2000, 104% et
14%.
[46]in Lapeyssonnie, La
médecine coloniale, op.cit., p221.
[47]Pour une meilleure santé en
Afrique,
Banque mondiale, 1994.
[48]Suret-Canale J., op.cit.,
p503-516
[49] Martin G., Leboeuf et
Roubaud, La maladie du sommeil au Congo français, Paris, Masson,
1909
En 1929, La Mission permanente comporte, pour le
Cameroun: 14 secteurs et 14 secteurs annexes, 18 médecins, 36 agents sanitaires,
400 infirmiers africains. Jamot prévoit 1 million de malades à voir deux fois
par an et 125 000 malades à traiter. L' atoxil utilisé dans le traitement de la
maladie du sommeil fut remplacé par la tryparsamide, médicament beaucoup plus
dangereux. Son utilisation, par erreur, à trop fortes doses, entraîna la cécité
de 700 trypanosomés en 1930 et provoqua la chute de Jamot.
Voir annexe: La méthode
Jamot.
[51]En juin 1944, création du
Service Fédéral d' Hygiène Mobile et de Prophylaxie ( SGMHP) suite aux
recommandations de la Conférence de Brazzaville. Les crédits sont mis
globalement à la disposition du Chef de service du SGMHP.Selon Muraz, cette
mesure "montre que le gouvernement, instruit par l' expérience, n' a pas
confiance en une décentralisation locale pour réaliser les objectifs sanitaires,
et qu' il est parfaitement au courant des pratiques financières qui ont empêché
l' essor du service". En 1945, le Médecin-général Vaucel disait également:" Je
n' ai pas toujours été partisan du service spécial de la trypanosomiase.
Cependant, revenant en AEF à dix ans d' intervalle, j' ai été surpris de l'
insuffisance des résultats obtenus et je suis persuadé maintenant que le
maintien d' un organisme particulier, avec ses corollaires de budget et
personnels spéciaux et d' autonomie, eût amené plus de satisfaction".Le décret
fut promulgué en AEF, le 24/10/45.Cette organisation survécut à la
décolonisation sous le nom d' Organisation de Coordination et de Coopération
pour la lutte contre les Grandes Endémies en Afrique de l' Ouest (OCCGE, en
1960) et Organisation Contre les Endémies en Afrique Centrale ( OCEAC, en
1964)
[52]Muraz , "La réorganisation du
service de la maladie du sommeil en AEF de 1921 à 1930", Bull.Soc.exot., Tome
XIII,n°3.
[53]in, Rapport sur l' activité
du SGMHP durant l' année 1953.
[54]Foyer de l' Atlantique, le
long de l' ancienne route des caravanes, du couloir, de la Nkeni, de l' Alima,
de la Likouala, de la Likouala aux herbes. Voir carte de Maillot, cité par
J.L.Frézil, in La trypanosomiase humaine en République populaire du
Congo, ORSTOM, Paris 1983, p10.
[55]Lapeyssonie,
op.cit., p 220.
[56]Ralph
A. Austin, Headrick R., "Social efforts: the health service", in History of
central Africa, op.cit., p 63-70.
[57]Coquery-Vidrovitch C.,
"Gestion urbaine et décolonisation en Afrique noire, in"L' Afrique noire
française: L' heure des indépendances, CNRS Edition,
1992.
[58]La population de l' A.E.F.
comptait en 1950, 4, 47 millions habitants ( Gabon: 439 000, Moyen-Congo: 695
000, Oubangui-Chari: 1087 000, Tchad: 2 225 000
habitants).
L' accroissement de la
population de l' A.E.F fut très faible : en 48 (4 393 000 millions), en 49 (4
424 000),
en 50
(4 471 000), en 51 (4 374 000), en 52 (4 454 000), en 53 (4 417 000), en 54
(4559000)
Lapeyssonnie, op.cit., p 223.
Sources: Service de statistiques de la Direction de Santé des Territoires d'
Outre-mer. Les chiffres fournis par les Nations Unies pour 1950 sont différents:
Congo, 808 000 habitants, Gabon, 469000, Centrafrique, 1 314 000, Tchad, 2 658
000. Voir Gendreau F., op.cit., p404-405. La différence la plus importante porte
sur le Tchad. Il faut toutefois savoir qu' en 1993, ce pays n' avait toujours
pas organisé de recensement.
[59]Coquery-Vidrovitch C.,
L' Afrique noire. Permanences et
ruptures, l' Harmattan, paris, 2è éd 1992, p56.
Voir également du même
auteur, "Population et démographie en AEF dans le premier tiers du XXème
siècle, Ediburgh, 1977 et "Le Congo au temps des grandes compagnies
concessionnaires, op.cit.
.
[60]Elle comprenait répartis dans
14 pays, 1064 assistants techniques
de santé (ATS), dont 50% de para-médicaux (infirmiers, sages-femmes, techniciens
de laboratoire) et 25% de médecins
généralistes.
[61]En 1956, le Congo belge pour moins de 10
millions d' habitants, comprenait:
761 médecins, 75 pharmaciens, 44 dentistes, 11 biologistes, 136 assistants
médicaux africains, 1223 infirmières européennes ( religieuses), 25
sages-femmes, 466 sages-femmes africaines, 1001 infirmiers africains, 3852
aide-soignants, 112 agents sanitaires africains, 459 hôpitaux et maternités. En
matière de Service d' assistance médicale indigène, le plan Van Hoof-Duren,
réalisa, selon Lapeyronnie, le rêve de tout homme de santé publique au courant
des réalités africaines: un centre médico-chirurgical, des dispensaires
satellites, des équipes mobiles pour parachever la couverture géographique, le
tout axé sur la prévention. Ceci pour une dépense de 55millions de dollars
contre 42 millions pour toute l' Afrique française. Le Congo belge affectait
ainsi aux dépenses de santé 5 dollars par habitant contre 1,3 dollars pour la
France. Actuellement la Banque Mondiale demande d' affecter à la santé en
Afrique 14 dollars par habitant.
[62] JOSSERAN R., Une catégorie
particulière : les ATS, dans l’Assistance technique française (1960-2000),
documentation française, 1994, page 301 - 330
[63] COTE J.P., A l’épreuve du
pouvoir, Seuil, 1984, page 157 - 158
[64]La documentation officielle
dans ce domaine est rare et inaccessible au public :
ENA, Quelle politique d’aide dans le
domaine de la santé ?, 1991, Groupe 8, Promotion Condorcet, Desmazières
Jean-François, directeur. Ne peut être consulté qu’avec l’accord écrit de la
direction.
[65] OMS, Programme de médecine
traditionnelle, http://www.who.org/
[66] La santé en France, Rapport
général, La documentation française, nov. 1994.
[68] .*La Résolution 1503 du
Conseil économique et social prévoit une procédure confidentielle permettant de
soumettre à la Commission des droits de l’homme des plaintes individuelles en
cas de violations graves des droits fondamentaux. Selon Frédéric Sudre, cette
procédure est inefficace: les droits souverains de l’Etat sont minutieusement
préservés et le caractère confidentiel de la procédure épargne à l’Etat les
seules rigueurs qu’il ait à craindre, celles de l’opinion
publique.
(bon/mauvais), social (les
médecins et leurs adversaires), religieux (pur/impur ;
péché/salut).
[70] Huit activités de santé ont
été retenues à Alma-Ata : 1-éducation pour la santé, 2-promotion de bonnes
conditions nutritionnelles, 3-approvisionnement en eau saine et mesures
d’assainissement de base, 4-protection maternelle et infantile, y compris la
contraception, 5-vaccination contre les grandes maladies infectieuses,
6-prévention et contrôle des maladies endémiques locales, 7-traitements des
maladies et des lésions courantes, 8-fournitures de médicaments
essentiels.
[71] Brunnet-Jailly J. (sous la
direction de), Innover dans les systèmes de santé, expériences d’Afrique de
l’Ouest, Karthala, 1997.
[72] Dujardin B., 1987, Aide
internationale, l’offre correspond-elle aux besoins, in Politique de
santé, Khartala, Politique africaine, 28, 65-80.
[73]
http://www.who.org
[74] Les gouvernements
s’engagaient à porter les taux de couverture vaccinale à 80% pour la diphtérie,
la coqueluche, le tétanos, la poliomyélite, la tuberculose ; à 90% pour la
rougeole et le tétanos pour les femmes en âge de procréer ; à assurer un
emploi de la thérapeutique par voie orale à 80% ; à pratiquement, éliminer
les troubles dus à la carence en iode et les cas d’avitaminose ; à
encourager un allaitement maternel exclusif pendant les quatre à six mois qui
suivent la naissance et la poursuite de l’allaitement jusqu’à ce que l’enfant
ait 2 ans.
[78] Formulation des politiques
et collecte des données ; interventions inter-sectorielles ;
prestations sanitaires ; produits pharmaceutiques ; gestion et
formation du personnel ; infrastructures et équipements sanitaires ;
réformes institutionnelles et gestion ; financement des soins de
santé.
[80] Cet indicateur est construit de la
manière suivante : pour chacune des 109 maladies appartenant à la
Classification internationale des maladies, on ajoute à la réduction de la durée
de vie provoquée par un décès, la réduction du nombre d’années de vie valide
provoquée par la maladie en question. Ce deuxième terme est calculé en
multipliant la durée probable de la maladie par un coefficient de pondération
exprimant la gravité de l’invalidité par rapport à la perte de vie. Les maladies
ont été rangées en six classes selon le degré d’invalidité qu’elles entraînent.
Ainsi la lèpre comme le pian ont été affectés d’un coefficient 0,2 (classe 2),
la cécité 0,6 (classe 4). Le résultat obtenu est pondéré par un taux
d’actualisation de 3%(qui rend compte de la valeur dégressive avec le temps des
années futures de vie valide) et par un coefficient en rapport avec l’âge (qui
module en fonction de l’âge du décès la valeur attribuée aux années de vie
perdues).
[81] Rapport sur le développement
dans le monde 1993, Banque mondiale, p.25-30.
[82] Il ne s’agit toutefois que
de recommandations. La Banque laisse la question des maladies à attaquer et des
des techniques à utiliser ouverte. C’est au pays de
décider.
[83] Voir chapitre
II
[84] Banque mondiale, Pour une
meilleure santé en Afrique, 1994, p.18.
[85] Cette Convention a pour
objet de garantir aux 70 Etats ACP une assistance stable et programmée dans le
temps grâce à divers instruments originaux (Stabex, Symin, protocole sucre).
Elle soutient d’autre part la compétitivité économique et commerciale des
produits ACP.
[86] Decaillet françois,
Coopération ACP-UE dans le domaine de la santé, le tournant des années 1990,
Courrier ACP-UE n°147, 1994, p.50 à 52.
[87] Mordelet P., Guide de la
coopération hospitalière, éd. ENSP, paris, 1997,
p32-33.
Le BMZ coordonne et oriente la politique
de coopération dans sa totalité au sein de ces quatre directions, politique
(définition des objectifs et orientation générale ) , géographique, sectorielle,
administrative.
Il existe par ailleurs des
institutions comme le Goethe institut, le DAAD, et des fondations comme la
Frederich Ebert, la Konrad Adenauer, la Hans Seidel. Enfin les nombreuses
associations financées par l' impôt ecclésiastique.
La KFW (Institut de crédit à
l’exportation ) est une banque de développement qui présente un volet national
(financement des prêts à l’exportation des PME ) et un volet coopération : prêt
, subvention et assistance technique aux pays en développement . Son président
est le ministre des finances.
Le DEG assure la promotion
des investissements allemands, en priorité des PME
La DSE perfectionne les
cadres du tiers monde et prépare les experts allemands
Le DED recrute, forme et
envoie des volontaires allemands.
[89] Biagotti I., Afrique, droits
de l’homme, démocratie et conditionnalité, éléments des discours allemands,
L’Afrique politique, Karthala, 1995, p.203-215.
[90]
Schraeder P.J., USA : The Clinton policies-some comments on continuity and
change at mid-term, in Afrique politique, Karthala, 1995.
Un certain intérêt pour l'
Afrique provoqua, en juin 1994, la tenue d' une Conférence sur l'Afrique à la
Maison Blanche. Cependant, selon P.J. Schraeder, l'administration Clinton n' a
pas donné ensuite plus d'importance à l'Afrique sur l'agenda présidentiel et
l'aide publique à l' Afrique (1 milliard de $ soit 6 % des 17.8 milliard de $
d'assistance extérieure) a diminué. Pour cet auteur, le Président ne s'est pas
engagé personnellement sur les dossiers ; l'Afrique a été laissée à la
bureaucratie (State departement, Defense departement, CIA) dont les intérêts ne
sont pas coordonnés ; l'administration n'a pas soutenu l'ONU dans ses
initiatives de paix ;l' administration n'a pas voulu s'engager dans les
derniers conflits (Rwanda, Zaïre) ; enfin, l'administration Clinton n'a pas
défendu la démocratie multipartite.
En juin 1997, M. Clinton a de
nouveau plaidé en faveur de l'Afrique au cours du sommet du G7 à
Denvers.
En mars 1998, pour la
première fois, un Président des Etats-Unis effectuait une tournée en Afrique (Afrique du Sud,
Botswana, Ghana, Ouganda et Sénégal). L'objectif de cette tournée était
essentiellement de favoriser les investissements américains dans ce continent et
d'intégrer l'Afrique à l'économie mondiale.L’Afrique est considérée par les
experts américains comme « the final frontier » et la dernière région
où des marchés émergents peuvent apporter aux investisseurs des retours
substantiels. La fameuse maxime,
"Trade no aide", reste la philosophie sur laquelle est bâtie la diplomatie
commerciale des Etats-Unis. Le 27 janvier, dans son discours sur l'état de
l'Union, M. Clinton a annoncé l'adoption d'une loi, l'African Growth and
Opportunity Act, dispositif concurrent de la Convention de Lomé, prévoyant la
réduction ou la suppression des barrières douanières pour 1800 produits en
provenance de l'Afrique Sub-saharienne.
Si le Secrétaire d'Etat
adjoint chargé des Affaires Africaines, Me Suzy Rice, a habillé les objectifs
commerciaux de considérations plus politiques ("Pendant les 10 dernières années,
le nombre de pays sub sahariens qui se sont dotés d'un régime démocratique ont
quintuplé"), dans la réalité, les Etats-Unis ferment les yeux sur les écarts en
matière de droits de l’homme ou de pluralisme politique quand il s’agit de pays
‘utiles » comme l’Angola (pétrole), la République démocratique du Congo
(élément majeur de stabilité en Afrique Centrale), l'Ouganda, l'Ethiopie (allié
traditionnel), le Nigéria ou l'Egypte.
Les intérêts américains se
heurtent aux intérêts français essentiellement sur l'axe pétrolier atlantique
(de l'Angola au Nigéria). S'ils ne veulent pas "chasser les Français de
l'Afrique", les Américains comptent sur "une nouvelle génération d'Africains qui
veulent se débarrasser des anciennes politiques socio-économiques qui n'ont
guère donné de résultat".
[91] Pour connaître plus en
détail le bilan de l’USAID en Afrique et ses projets pour les dix ans à venir,
consulter le site internet de
l’USAID : http://www .info.usaid.gov/ region /afr
/
[92]L ' ACDI ( Agence canadienne
de développement international ) est la plus importante.Elle assure la gestion
de l ' ensemble des programmes de coopération bi et multilatéral, financiers et
techniques;à l ' exception des programmes menés avec la Banque Mondiale et ceux
suivis par le CRDI et le PCAI.
Les pays sont classés en trois
catégories:
-les 30 pays de
concentration
-les pays de présence
significative
-les pays à coopération
ponctuelle
Sont exclus les pays non
admissibles ( Libye ) et non éligibles ( développement déjà significatif
)
L ' ACDI gère
également:
-le programme
multilatéral
-le programme d ' aide
humanitaire
-le programme d ' aide
alimentaire
-les programmes spéciaux (ONG
, coopération professionnelle, coopération industrielle,assistance
volontaire)
Le CRDI ( Centre de recherche
pour le développement international ) gère les programmes de coopération
scientifique. Organisme public à conseil d’administration de composition
internationale.
Le PCAI ( Coopération
Pétro-Canada pour l’assistance internationale) aide les pays du tiers monde à
réduire leur dépendance énergétique.